​Quand les Africains se mettent à l’humour

C’est dans un tailleur simple, élégant, les cheveux nattés qu’Eddy King a offert son tout premier spectacle à Edmonton dans le cadre du festival Juste pour rire le 27 février 2015.

Eddy King - Photo : Chantal Longi DangUne apparence qui est loin de ressembler à celle d'un rappeur urbain rebelle, tatoué, aux épaules dénudées, les pantalons baissés, portant des grosses chaînes et bagues, bref, l'image d'un jeune qui a la rage de se vider le cœur et de s'affirmer.

« C'était moins grave d'annoncer à ma mère que j'allais être humoriste que rappeur […] pour elle c'était un soulagement » a lancé à la blague cet ancien rappeur né en France d'une mère d'origine congolaise.

Humoriste par choix ou par la force des choses?

« Je suis humoriste par choix et personne ne m'a braqué ni m'a mis un gun sur la tête […] c'est par choix que je fais ce métier et je m'estime chanceux de le faire ».

L'humoriste naturalisé québécois dit qu'il s'estime chanceux de faire ce métier, et n'hésite pas à mentionner les comédiens américains de renommée qui l'inspirent tels que Dave Chapelle, Richard Pryor et Eddie Murphy, tous des comédiens Noirs américains qui pour la plupart, ont abordé des sujets torrides par riposte au racisme, aux inégalités et aux conditions socio-économiques des Afro-américains.

Eddy King en revanche est d'une jeune génération centrée sur les questions personnelles.
« Mon but premier est de faire rire les gens d'abord et en second lieu d'exprimer, de dire ce que j'ai sur le cœur. »

Et qu'est-ce que ce jeune homme peut bien avoir sur le cœur?
« On peut parler autant de politique, que de peine d'amour, que de vie de famille » a répondu l'humoriste, préférant rester dans la généralité.

Est-il plus acceptable de rire de soi ou de sa propre culture que par les autres humoristes qui ne sont pas de race noire?
« Quand tu fais de l'introspection, peu importe la couleur de ta peau, de ta race, ça ne dérange pas »
Pour le comédien, ce qui est beau dans ce métier c'est de faire rigoler les gens malgré les divergences d'opinions sur les sujets que l'humoriste aborde, tel que l'homosexualité, sujet encore sensible et tabou dans sa culture d'origine.

« Ça peut inquiéter certains membres de ma famille sur des sujets sensibles […] par exemple j'ai touché tout à l'heure au mariage gai et je sais que c'est un sujet très sensible dans la communauté africaine, mon opinion là-dessus va à l'encontre de ce qu'on entend dans nos familles »

Un modèle pour les jeunes aspirants à ce métier?
Eddy King ne veut pas avoir la prétention ni le fardeau de faire ce métier avec une mission de mettre les choses en ordre dans la société.
« Je n'ai pas cette sagesse, je n'ai pas cette prétention, je ne suis là que pour faire rire les gens […] Si mon parcours peut intéresser quelqu'un ça me fera plaisir » a-t-il voulu préciser.

Eddy King - Crédit photo tiers

Sur les sujets touchant la politique, Eddy donne son opinion en tant qu'individu en utilisant un propos simple pendant un repas de Noël en famille, par exemple.
« J'aborde les sujets politiques avec l'auditoire comme les discussions avec mes frères et sœurs, les tontons et les tantines qui veulent refaire le monde autour d'une table ».

Si le défi qu'il s'est lancé d'être humoriste a réussi, il veut vivre le moment présent sans prétention et ne veut pas porter le fardeau d'être un modèle pour les jeunes Noirs, encore moins devenir un ministre ou de faire de la politique si un jour l'occasion se présentait à l'instar de Maka Kotto, ancien humoriste, acteur et député au Québec.

« Si on me demande aujourd'hui c'est non, mais demain on ne sait pas […] il ne faut pas dire jamais »

Ses expériences de vie personnelle comme celle d'être le papa d'une petite fille de deux ans par exemple, sont celles qui l'alimente et où ses spectateurs se retrouvent.

© Copyright Chantal Londji Dang - Tous les droits réservés, 2015

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