Adib Alkhalidey : humoriste par choix au Québec

D'entrée de jeu, Adib Alkhalidey aime bien parler de son apparence, surtout de ses cheveux hérissés en afro et frisés, qu'il attribue à l'humidité, une façon de détendre l'atmosphère et de tâter le pouls d'un nouvel auditoire qu'il tente de cerner.

Cet auditoire réciproquement nouveau est celui d'Edmonton, venu l'acclamer pour la première fois le 27 février 2015 dans le cadre du Festival juste pour rire, rendu possible grâce aux Rendez-vous de la francophonie.

« C'est d'abord instinctif, ensuite ça devient mathématique », a indiqué l'humoriste de 27 ans considéré comme un des humoristes montant au Québec.

Adib Alkhalidey sait à quel point l'ignorance sur les différences intrigue les autres. Ce qui peut sembler assez banal pour un immigrant devient l'objet de curiosité assez poussé chez les autres. C'est la raison pour laquelle il en parle souvent dans ses spectacles.

Adib Alkhalidey


L'allure de ses cheveux et ses origines irako-marocaines sont devenus sa marque de scène. Il a appris à en tirer avantage, du moins, et à composer des textes où Il fait souvent ressortir les traits de caractères identitaires.

S'il en parle souvent dans ses numéros, Adib sait à quel point se faire toucher les cheveux sans permission n'est pas toujours une sensation agréable tout comme se faire demander ses origines continuellement devient une question équivoque, surtout chez un immigrant arrivé au Canada à l'âge de 8 mois.

Son atout, c'est d'être entré tôt à l'École nationale de l'humour après le secondaire, ce qui lui a ouvert les portes vers une carrière qui le passionnait. Une passion cependant, qui n'a pas toujours été partagée par ses parents, en convient l'humoriste.

« Comme tous les parents immigrants qui veulent que leurs enfants aient une carrière financièrement et psychologiquement stables, ils n'étaient pas contents et quand ils ont vus que ça a commencé à fonctionner, ils étaient contents ».

Dès sa sortie de l'École nationale de l'humour, Adib gagne décemment sa vie qu'il attribue plus à l'humour non rationnel pour lequel il a opté. Ce n'est pas un humour de riposte, mais plutôt d'émotion, affirme le jeune homme.

Pendant son spectacle présenté à Edmonton, Adib a préféré s'en tenir à un numéro d'une personne hystérique en proie à une surdose de caféine. Il était loin de la misogynie que certains lui avait attribué à ses débuts. La composition de son audience est en majorité blanche, toutefois l'humoriste souligne que le facteur racial dans sa façon de faire rire les gens n'est pas un élément qui le préoccupe. En d'autres termes, ses sujets sont préparés en fonction de ce qui le touche d'abord et il les adapte à différents publics par la suite.

« Si je joue devant trois cents haïtiens par exemple, je veux me permettre de leur montrer ce que je connais, pour qu'ils ressentent l'amour que j'ai pour leur culture… J'essaie d'offrir les mêmes traitements à tous les publics ».

L'humour universel d'abord qui fonctionnerait à Edmonton, à Montréal et à Paris, et qui rendrait les gens plus joyeux après avoir vu son spectacle, sont les règles d'or de cet artiste.

Adib ne fait pas que faire rire les gens, il lui est arrivé à quelques reprises d'avoir le fou rire à cause de son audience qu'il compte désormais comme les plus beaux moments de sa jeune carrière.

« C'est arrivé pendant quatre spectacles avec des dames qui avaient le fou rire tellement fort qu'on ne pouvait plus être capable de continuer le spectacle…une dame en particulier, parce qu'elle riait trop et là, tout le monde a eu le fou rire y compris moi ».

Peut-on espérer un jour voir Adib faire de l'humour en arabe?

« Non, mon arabe est assez particulier, mon père est irakien et ma mère marocaine, mon arabe ne ressemble à rien » répond l'humoriste.

Et si on l'invitait un jour à faire un spectacle au Maroc, son pays de naissance, le jeune homme ne dirait pas non, à condition qu'on écoute ce qu'il aurait à dire.

© Par Chantal Londji Dang- Avril 2015

Note utilisateur:  / 1
MauvaisTrès bien