Entrevue exclusive avec le comédien d'origine congolaise, M. Bonbon-Fifi

M. Didier Gangoma d'Afrikamérik, a eu l'honneur et le privilège de réaliser en juillet 2009, une entrevue auprès de M. Bonbon Fifi, comédien d'origine congolaise qui vit désormais Caroline du Nord.

Voici le portrait d'un homme passionné de la scène et du monde de la comédie, quel que soit le lieu ou le pays...

M. Bonbon-Fifi

Afrikamerik (AK): M. Bonbon-Fifi, bienvenue sur Afrikamérik. Pouvez-vous nous parler de votre parcours de comédien?

BONBON FIFI (BF): J'ai commencé le théâtre à l'âge de 10 ans dans une troupe de mon quartier et mon premier spectacle a eu lieu avec l'orchestre des aveugles du Centre féminin Maman Mobutu de l'époque. Comme mon père n'était pas d'accord, j'ai dû pratiquement abandonner. Plus tard vers 1982 au collège st Théophile de lemba, les amis ont créé une troupe: ils voulaient que je joue avec eux et à cause du désaccord avec mon père, j'ai refusé l'offre. Mais le frère directeur de l'école a convoqué mes parents pour obtenir leur accord. Devenu une vedette à l'école, le président de la troupe de l'alliance Franco Zairoise de l'époque / antenne de Lemba m'a alors découvert puis m'a sollicité pour jouer dans sa troupe.C'est vraiment là bas que j'ai appris le fondamental de l'expression corporelle, faciale ainsi que tous les atouts du théâtre, auprès d'un metteur en scène appelé Asana. A la fin de mes études secondaires scientifiques en bio-chimie, je suis allé faire 2 ans de cours d'art dramatique au centre culturel français. Par la suite, j'ai joué avec Maître Tshisungu dans le théatre LOKOMBE afin d'y acquérir de l'expérience pour créer en 1984, ma propre troupe de théâtre "AFADRA-THEATRE" ou j'ai évolué avant d'émigrer aux Etats Unis. En dehors d'AFADRA THEATRE, moi et d'autres comédiens avons joué dans la troupe appelée "les stars du rire" avec des amis tels que Siatula, Sans soucis, le défunt Sengo, Maman Bipendu et tant d'autres...

AK: Y a-t-il un rôle que vous avez joué et qui a agit comme un déclic dans votre carrière et qui vous a fait découvrir au grand public?

BF: Je dirais que la pièce "femme Jalouse" où j'ai justement improvisé le rôle de Bonbon fifi, a été comme un grand départ pour moi. J'étais le metteur en scène de cette pièce mais j'ai du improviser le rôle d'un domestique pour créer de l'ambiance dans le spectacle. Comme je n'avais pas tout le texte en tête, je devrais bégayer tout en pensant aux mots que j'allais dire...Et la pièce a eu beaucoup de succès! Le feu Mutombo Buishi qui m'a produit pour la première fois était très impressionné. Je dirais qu'il y a aussi la série télévisée "Julie et Ngoie" où j'ai été choisi en lien avec ma prestation dans "femme jalouse". Ce sont là les deux pièces qui m'ont fait découvrir au grand public. Mais d'autres personnes affirment que c'est davantage la pièce "Les affaires sont les affaires" où j'ai joué le rôle d'un pasteur qui aurait été meilleur, donc je ne saurais me situer parmi ces trois rôles.

AK: Est-ce que votre arrivée aux Etats Unis vous a rapporté sur le plan professionnel?

BF: Oui beaucoup. Mais il se fait que tout ce que j'ai appris aux Etats Unis est totalement différent de ce que nous faisions au pays. Ici, le théâtre est vraiment comme un grand business. Au pays les gens semblent toujours prendre le théâtre comme un jeu.

AK: Quel est votre jugement actuel sur le théâthre populaire en RDC?

BF: Je suis allé au Congo pour la dernière fois en 2006. J'ai remarqué que les acteurs n'ont pas beaucoup progressés, ils sont presque abandonnés à eux-mêmes. Je crois que le théâtre congolais en général ne paie pas son homme. Mais il y a quand même de la relève malgré le décès ou le départ du pays de plusieurs comédiens. Quand je suis des interviews, tous les acteurs se plaignent. Quand nous étions au pays, les sponsors nous ont quand même beaucoup aidés mais aujoud'hui, je ne sais pas....

AK: Récemment, vous avez joué une pièce de théâtre avec Siatula: êtes-vous en contact avec d'autres artistes ou comédiens congolais?

AF: Je dirais que Siatula, c'est vraiment un ami de longue date. Comme mentionné auparavant, nous avions joué ensemble dans les stars du rire. Il avait sa troupe et moi aussi la mienne mais le contrat de la brasserie qui a commandité la troupe, nous a fait joué ensemble: j'ai toujours gardé le contact avec lui, même après avoir quitté le pays et plus tard, quand lui-même est parti pour l'Europe. Je suis aussi en contact avec quelques acteurs que j'ai connu au pays et qui évoluent bien comme Bodo, Matos, Yandi Mosi, etc et aussi avec Baba Mongita, un acteur qui évolue au Canada ainsi que Koko Dianzombo qui évolue en Europe.

AK: Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez fait face depuis que vous vous produisez aux Etats Unis?

BF: Se produire aux Etats Unis n'est pas très facile. Les congolais répartis ici un peu partout aux Etats Unis nous invitent beaucoup et le cachet est meme conséquent, un cachet que je ne pouvais même pas imaginer au pays. Mais mon but est de percer le milieux américain, de faire découvrir le théâtre congolais aux Etats Unis. La langue anglaise est une barrière non pas dans le parler car je parle anglais, mais dans la façon de transmettre une comédie congolaise à la mentalité américaine et pouvoir faire rire les américains. J'y travaille !

AK: J'ai eu l'occasion de voir quelques pièces de théâtre que vous avez fait dernièrement, pièces jouées en anglais, français et en Lingala. Avez-vous l'impression d'avoir touché le public américain? Et comment réagit le public congolais d'autre part?

BF-: Comme mentionné, je dirais que je n'ai pas encore atteint le public américain, ça je dois l'avouer. Quand nous jouons en peu en anglais, c'est pour chercher comment nous intégrer réellement dans ce milieu où nous vivons. J'ai toujours joué en francais et en lingala, les pièces comme "Julie et Ngoie" et "les affaires sont les afaires" était en francais, les autres pièces comme "Moto na ngai" et beaucoup d'autres sont en lingala. N'oubliez pas que les congolais aux Etats Unis parlent généralement ces trois langues;ils sont donc ravis.

M. Bonbon-FifiAK: Nous avons appris que vous avez été malade récemment: pouvez-vous éclairer la lanterne du grand public sur ce sujet?

BF: Oui, j'ai été malade, j'ai eu ce qu'on appelle le "Blood pressure", un problème d'hypertension, ce qui m'a conduit à une paralysie du côté droit. Heureusement, j'ai pu récupérer ma santé a 80%. Je félicite beaucoup ce public qui m'a beaucoup assisté et qui continue à m'assister jusqu'aujourd'hui: j'ai eu des coups de fil de partout aux Etats Unis, de l'Europe, de l'Afrique, du Canada et ce sont seulement les coups de fils de l'Asie qui manquent encore! Je profite donc de cette occasion pour remercier tout ce monde là. Il ya même des pasteurs qui m'ont appeller et prier avec moi au téléphone pour que Dieu puissent m'aider à retrourver rapidement ma santé.Voila ce que je peux dire...

AK: Quels sont vos projets d'avenir? Pensez-vous par exemple revenir au Congo pour faire certains tournages?

BF: Le congo c'est notre pays, ce projet me passe tout le temps à la tête. Si les moyens le permettent et qu'il y a un projet réalisable, nous irons au Congo pour jouer. Ici aux Etats Unis, nous n'avons toujours pas cessé de jouer et là je suis en train de refaire la pièce "Les affaires sont les affaires" que le public me réclament à tout moment, je voudrais bien le mettre sur DVD et le lancer sur le marché.

AK: Quel conseils pourriez-vous offrir aux jeunes comediens qui veulent émigrer en Amérique du Nord?

BF: Moi je suis aux Etats Unis, Siatula est en Europe. C'est vrai que nous faisons des tournées mais seulement dans les milieux congolais. Ce que nous voulons actuellement, c'est d'entrer dans les milieux où nous sommes c'est à dire le milieu américain et européen et rien n'est facile. Tout ce que je peux leur dire est qu'ils doivent donc se préparer en conséquence pour venir travailler en Amérique et même en Europe.

AK: Et votre mot de la fin pour clôturer cette entrevue?

BF: J'aimerais mentionner que Sans Soucis était pour moi comme un grand frère, j'ai beaucoup pleuré quand j'ai appris sa mort. A 52 ans, il était encore jeune et c'est une grande perte pour sa famille. Je sais qu'il avait beaucoup de projets à réaliser mais malheureusement il est parti trop tôt et sur le plan du théâtre, c'est encore une perte énorme, que son âme repose en paix. Je voudrais ajouter ceci: que tous les congolais se souviennent toujours de Sans Soucis, Que nous puissions trouver un endroit ou même en construire un et le baptiser au nom de Sans souci, un peu comme on a donné le nom de Mutombo Bwishi au jardin "moto na moto abongisa". Ce geste aidera à graver son nom dans la mémoire des gens.

Pour les acteurs comédiens congolais, je dirais qu'il faut apprendre à se prendre en charge. Je vis ici aux Etats Unis et je n'ai jamais vu de ministère de la culture et des arts... Quand on est malade, on pense toujours au ministre ou au président de la république..nous devons chercher à nous prendre en charge à travers toutes les organisations que nous avons créé comme la Fenac ,etc...La comédie, c'est comme la vie. Nous entrons en scène quand nous naissons et nous sortons de la scène quand nous mourons... Nous devons savoir comment jouer notre rôle pendant que nous sommes en vie. Voila tout ce que je peux dire...

Extrait vidéo de "Boaka Mabe", avec le comédien congolais Bonbon Fifi.

Une entrevue réalisée par Didier Gangoma,
© Tous droits réservés, 2009.

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