Blaise Yvoulou

« Si je ne sculpte pas, c'est comme si vous me demandez de ne pas manger. La sculpture c'est ma vie. Je ne peux pas vivre sans sculpter. »

Blaise Yvoulou, le sculpteur d'Abibiki"A mon arrivée au Canada, je me suis mis à la recherche de pierres pour sculpter. Un jour, mes recherches ont abouti à quelque chose. Je me suis alors questionné sur le potentiel que ces pierres pouvaient avoir et je me suis rendu compte plus tard que ses caractéristiques étaient similaires aux pierres "Mbigou" du Gabon. Un peu comme Newton avait dit "Eureka", moi aussi je me suis exclamé dans ma langue "ABIBIKI!".

Ces paroles sont de Blaise Yvoulou, que les amis appellent aussi "Obimbo". Depuis la ville de Québec, la capitale de la province de Québec au Canada, Afrikamérik a tendu le micro à ce sculpteur d'origine gabonaise qui nous relate son histoire et sa vie de sculpteur au Canada.

Afrikamérik(AK): Bonjour Blaise. C'est un plaisir pour nous de vous rencontrer aujourd'hui. Vous êtes sculpteur professionnel : comment avez-vous appris ce métier?

Blaise Yvoulou (BY): Mon grand père était un grand sculpteur au Gabon et c'est auprès de lui que j'ai appris ce métier. Il a réalisé beaucoup d'œuvres durant sa carrière comme des totems et des poteaux des églises. Bien que j'apprenais à ses côtés, la sculpture ne m'attirait pas beaucoup dans ma jeunesse. C'est seulement après sa mort que je me suis vraiment intéressé à cet art. J'ai commencé à sculpter petit à petit avant de rencontrer un monsieur de nationalité chinoise qui gérait une galerie d'art au Gabon. Ensemble avec un ami, nous nous sommes présentés chez lui au moment où il cherchait des artistes et comme nous étions jeunes à l'époque, il a douté un peu de nos capacités de sculpteurs. Pour nous tester, il nous remettra à chacun un exemplaire d'œuvre à reproduire. Il a été convaincu quand on lui a rapporté le travail demandé. C'est ainsi que j'ai commencé ce métier.

AK : Pendant combien de temps avez-vous travaillé avec lui et qu'avez-vous fait ensuite?

BY: J'ai travaillé avec lui pendant 4 à 6 mois. Après ce laps de temps, je me suis décidé d'ouvrir mon propre atelier à " l'hôtel Dialogue" toujours au Gabon même. Je suis resté à cet hôtel pendant près de deux ans. En 1995, j'ai eu la chance de participer à une exposition à Bordeaux, en France. A mon retour, j'ai été sollicité par une société de la place pour gérer une coopérative de pierres appelées "Mbigou". J'ai continué à travailler pour cette coopérative jusqu'à ce que je fasse la rencontre d'un monsieur d'origine coréenne qui s'appelle Kim. En 1999, Il me proposa d'aller ensemble avec lui faire une exposition en Corée, à une foire internationale qui a duré pendant 3 mois et qui englobait environ 56 pays.

AK: On dirait que c'était vraiment là le grand départ?

BY : Effectivement, mon voyage en Corée constitue un des meilleurs souvenirs de ma carrière. Ce voyage m'a non seulement ouvert certaines portes, mais m'a également fait rencontrer des personnes qui m'ont motivé à exercer ce métier. Je suis revenu au Gabon et plus tard j'ai encore eu la chance de participer à un concours d'art organisé par le Canada. C'est dans le cadre de ce programme que j'ai été sélectionné et que j'ai quitté le Gabon pour venir vivre ici au Canada.

AK: Vous vivez actuellement loin de l'Afrique natale. Quel est le changement que vous avez noté par rapport à votre façon de travailler, à votre vision de l'art ?

La table, oeuvre de Blaise Yvoulou.BY : Oui, sortir de l'Afrique constitue un gros changement. C'est d'abord un changement de la personne : je fais ici allusion par exemple à l'intégration, qui n'est pas toujours chose facile. Parlant de la vision de l'art, mon travail est toujours inspiré par mon âme africaine mais par contre le produit n'est plus présenté de la même façon qu'en Afrique. Les outils plus performants que j'utilise ici me permettent de produire des œuvres avec beaucoup plus de finesse; ce sont des choses que j'ai appris grâce aux critiques et au regard de ce que les autres font. Petit à petit j'ai donc amélioré la qualité de mes œuvres.

En Afrique, les artistes utilisent par exemple les couteaux et les haches pour tailler des pierres dures comme le granite et le marbre. Ce sont des choses que je ne peux pas me permettre de faire ici. Je suis obligé d'utiliser des outils à air ou en diamant qui coûtent plus cher et vous rapportent de la qualité requise; à mon avis, c'est ce qui fait la différence.

AK: Apparemment, vous utilisez principalement la pierre et le bois : y a-t-il d'autres matériaux que vous utilisez?

BY : Pour l'instant, j'utilise les matériaux que je connais c'est à dire la pierre et le bois. Ce sont des matériaux que j'utilisais auparavant au Gabon. Peut être qu'à l'avenir je pourrais toucher à d'autres matériaux mais tout cela dépend des circonstances. Je continue toujours à faire des recherches.

AK: Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrez ?

Masque en bois, Blaise Yvoulou.BY: Les difficultés majeures que j'ai rencontrées sont d'ordre financier. L'acquisition des outils a été une première difficulté pour moi, car c'est très dispendieux. C'est parce que j'aime beaucoup ce métier que je me suis accroché. Les italiens sont reconnus comme étant des grands maîtres sculpteurs. Quand je regarde leurs œuvres, je me dis toujours s'ils l'ont fait, pourquoi pas moi. La sculpture est vraiment toute une passion pour moi.

AK : D'après vos dires, vous ressentez certainement un plaisir à faire ce travail?

BY : Ah mon Dieu ! Si je ne sculpte pas, c'est comme si vous demandez à quelqu'un de ne pas manger. La sculpture c'est ma vie. Je ne peux pas vivre sans sculpter.

AK: Et que veut dire ABIBIKI?

BY : Je vais vous donner deux exemples pour mieux illustrer ce mot. Quand on vous parle régulièrement de quelqu'un et qu'un jour vous le voyez apparaître brusquement, cela peut vous créer de l'étonnement. Un autre exemple : je cherchais des pierres pour faire ma première sculpture au Canada. Un ami à moi qui s'appelle Richard Talbot a fait des recherches sur internet et m'a suggéré d'aller les chercher ensemble dans une carrière pour les acheter. Nous étions en train de chercher quand je me suis rendu compte que je me tenais en ce moment sur ces pierres même, c'est alors que j'ai me suis dit Abibiki ! Ce mot est en patois gabonais et veut dire à peu près " Qu'est-ce que c'est?". C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai aujourd'hui baptisé  ma galerie d'art ‘ABIBIKI'.

AK: Décrivez-nous brièvement vos œuvres. Sont-elles des objets faciles à comprendre ou ce sont des objets qui demandent une certaine réflexion ?

BY : Je fais les deux types de produits que vous avez cités. C'est vrai que mon site ne montre pas toutes mes œuvres. Je peux faire une œuvre sans donner beaucoup de détails comme je peux aussi en produire qui sautent directement aux yeux. Tout dépend des matériaux que j'ai en face de moi et de l'inspiration du moment.

AK: En tant qu'artiste, qu'est-ce qui vous définit le mieux?

Masque UNION, oeuvre de Blaise Yvoulou.BY : Je ne peux pas me définir moi-même. Je préfère que ceux qui regardent mes œuvres puissent le faire. Je pense que je suis un artiste polyvalent. Je suis un homme sans limite dans ce que je fais, donc je me promène encore.

AK: Êtes-vous en contact avec d'autres artistes sculpteurs africains ici en Amérique du Nord?

BY : Je suis en contact avec plusieurs peintres africains parce qu'on se rencontre souvent à des expositions mais je n'ai jamais rencontré des sculpteurs africains. Ils existent peut être mais je ne les ai pas encore rencontrés.

AK : Votre mot de la fin?

BY : Je dirais à tous les artistes de ne pas lâcher. J'encourage tous les artistes à continuer de se battre et surtout nous les artistes africains vivant ici en Amérique du nord. Je profite aussi de cette occasion pour lancer un appel à toutes les bonnes volontés vivant ici au Canada pour valoriser cet art africain qui est plein de richesse. Si vous allez en France ou aux États Unis pour ne citer que ces deux pays là, vous trouverez des musées d'art africain. A ma connaissance et à moins que je me trompe, il n'existe pas de musée d'art africain au Canada. Il nous en faut un en tout cas. Je remercie aussi Afrikamérik pour cette opportunité que vous m'avez offerte.

Pour rejoindre l'artiste:
E-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Website : blaiseabibiki.com
Tel: 819.205.2550

Une entrevue réalisée par Didier Gangoma,
©Tous droits réservés, 2010.

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