Jean-Paul Beché, un artiste polyvalent de Calgary formé à "Kiyi-M’Bock".

"Kiyi-M'Bock" est un village artistique de la Côte d'Ivoire qui comptait environ 45 personnes. C'est un endroit où l'on apprend un peu de tout: les cours de chant, les instruments de musique, la peinture, la sculpture et même le théâtre.

On n'y intègre pas aussi facilement comme qu'on peut le croire. Pour intégrer ce village comme nouveau membre, un artiste doit passer par une audition. Le postulant doit démontrer trois aptitudes: savoir danser, savoir jouer au moins un instrument de musique et posséder une belle voix pour chanter. Une fois engagé, ce village artistique vous prend en charge par l'éducation spirituelle et artistique. Nous étions tous un peu comme dans une grande famille et j'ai vécu ce village pendant 5 ans.

A travers cette entrevue, Jean Paul Abeché nous explique ses débuts et son parcours artistique. Son récit commence depuis le village de "Kiyi-M'Bock" en Côte d'Ivoire où il a forgé son art jusqu'à Calgary, au Canada où il vit actuellement. Afrikamerik lui a tendu le micro, suivons l'artiste.

Jean Paul Beché lors du Festival Global Fest 2010

AK: Bonjour Jean-Paul Beché, le public albertain vous connais comme artiste par vos multiples prestations mais voulez vous aujourd'hui expliquer votre parcours à nos lecteurs. Comment avez-vous embarqué dans le monde des arts?

J.-P.B.: Je suis un artiste polyvalent et originaire de la Côte d'Ivoire. Je suis à la fois un chorégraphe, un danseur, un musicien, un acteur et un marionnettiste. Je fabrique aussi des tableaux textiles qui sont en fait des tableaux réalisés avec des étoffes typiquement africaines.

Je vis au Canada depuis 14 ans. J'ai vécu pendant 11 ans à Toronto avant de m'installer à Calgary. Au départ de Toronto, j"avais créé un groupe avec d'autres amis qui s'appelle "Bassan".

AK: Comment êtes-vous arrivé à créer ce groupe; quel fut votre cheminement?

J.-P.B.: J'ai commencé ma carrière artistique en Afrique, en Côte d'ivoire. Tout est parti d'un spectacle des danses modernes que je présentais lors d'une manifestation diffusée à la télévision nationale. Une dame de nationalité camerounaise qui vivait à Abidjan, m'a vu a la télé. Elle m'a contacté plus tard pour m'intégrer dans le groupe "Kiyi-M'Bock".

Pour la petite histoire, "Kiyi-M'Bock" est un village artistique qui comptait environ 45 personnes. C'est un endroit où l'on apprend un peu de tout: les cours de chant, les instruments de musique, la peinture, la sculpture et même le théâtre.

J.P. Beché comme marionnettisteOn n'y entre pas aussi facilement comme qu'on peut le croire. Pour intégrer ce village comme nouveau membre, un artiste doit passer par une audition. Le postulant doit démontrer trois aptitudes : savoir danser, savoir jouer au moins un instrument de musique et posséder une belle voix. Une fois engagé, ce village artistique vous prend en charge par l'éducation spirituelle et artistique. Nous étions tous un peu comme dans une grande famille et j'ai vécu dans ce village pendant 5 ans.

AK: Décrivez nous la vie dans ce village? D'où provenaient les ressources pour encadrer les artistes?

J.-P.B.: "Kiyi-M'Bock" nous a procuré toute une éducation de la culture. Nous avions des séances de répétition tous les jours entre 7h du matin et deux heures. Après le diner, les répétitions reprenaient vers 16h. Le groupe présentait des spectacles chaque semaine et tous les jours entre le mercredi et le samedi.

Notre public était composé majoritairement des touristes et le droit d'entrée était fixé à 10 000 francs CFA par spectacle et par personne. Les spectacles pouvaient accueillir entre 60 et 100 personnes à la fois.

AK: Expliquez-nous vos débuts au Canada?

J.-P.B.: Avec le groupe "Kiyi-M'Bock" nous avons fait des tournées dans le monde. Nous sommes allés aux États-Unis, au Mexique, en France, au Japon et au Canada (Toronto et Québec).

A notre arrivée au Canada, nous avons été fascinés par la grandeur de ce pays, ses grands espaces verts et surtout par sa population qui était très accueillante. Certains amis et moi-même avons alors décidé de rester. Nous nous sommes établit à Toronto et avons créé le groupe "Bassan". Ce groupe comprenait 2 gars et deux filles. Notre objectif était de prendre notre propre envol et surtout de mettre en pratique tout ce que nous avions appris avec le groupe "Kiyi-M'Bock".

AK: De Toronto, vous êtes arrivé à Calgary. Pourquoi avoir choisi Calgary sachant que c'est une ville moins développée artistiquement que Toronto ou Montréal par exemple?

J.-P.B.: Après avoir vécu pendant 10 ans à l'est du Canada (Toronto), J'ai à un certain moment senti que le marché était saturé par les artistes africains qui de plus en plus devenaient présents en nombre croissant. Après le décès d'un de nos membres et le départ de l'autre, nous n'étions restés que deux personnes à gérer le groupe. Tous ces éléments ont fait que Je me suis dit alors qu'il était temps pour moi de découvrir d'autres villes canadiennes. Je cherchais donc des opportunités ailleurs dans le pays et voulait surtout découvrir l'ouest canadien.

J.P. Beché - Afrikamerik 2010

AK: À votre arrivée à Calgary, y avaient-ils des structures pour vous aider à commencer? C'est comme un perpétuel recommencement. Comment cela s'est-il passé?

J.-P.B.: Mes débuts étaient un peu difficiles parce que je n'avais pas un agent et je ne connaissais pas non plus le milieu artistique de Calgary. Le premier spectacle que j'ai donné à Calgary a eu lieu au "Festival Global Fest". Petit à petit, je me suis fait connaître et maintenant je me produis non seulement à Calgary, mais aussi dans d'autres villes de l'Alberta. Je me produis aussi dans d'autres villes de l'ouest canadien comme Vancouver. En dehors du Canada, je me suis déjà produit aux États-Unis et au Japon.

Aujourd'hui, j'enseigne aussi des cours de danse et de tam-tam de façon périodique. L'hiver est la période la plus occupée de l'année pour moi. Je fais des tournées dans les écoles pour montrer aux jeunes, surtout aux jeunes africains, qu'ils sont capables et ont du potentiel à extérioriser, au lieu de traîner dans les rues. Je présente aussi des spectacles de marionnette géante.

AK: Est-ce que vous sentez que le Canada est ouvert à ce genre de spectacle?

J.-P.B.: Définitivement, mais seulement quand le produit est bon. Les canadiens sont prêts à nous donner un coup de main et surtout ici à Calgary où les spectacles d'artistes africains sont peu nombreux. Nous n'attendons pas seulement l'appui du Canada, Il nous faut aussi l'appui de la communauté africaine dans laquelle nous vivons.

AK: Pourquoi les artistes africains au Canada n'ont pas de structure (que je sache) où vous pouvez vous retrouvez . Vous semblez être dispersés?

J.-P.B.: Je commence d'abord par féliciter Afrikamérik pour cette initiative qui nous donne beaucoup de visibilité. C'est vraiment un coup de pouce à notre carrière. Nous vous encourageons à continuer ce travail et pourquoi pas l'étendre sur une grande échelle.

Il est vrai que rien n'est pas facile pour les artistes africains qui arrivent ici car généralement on ne sait pas par où commencer. Il faut être sûr de son produit et être persévérant pour atteindre ses objectifs. Moi par exemple si j'ai eu à m'exprimer au Festival Global Fest pour la première fois, c'est parce qu'il fallait combler un espace qui s'est crée suite à l'absence d'un autre groupe dans la programmation. Cette année-là. J'ai pu donner un spectacle animé et les portes se sont ouvertes pour moi. Vous avez raison, il nous faut des structures et il faut commencer quelque part.

J.P.Beché en spectacle au festival Global Fest 2010

AK: Nous vivons dans un monde moderne et perfectionné. Vous avez la facilité d'écrire et de conserver cette richesse pendant des années et des années. Avez-vous déjà pensez à la transmission des vos connaissances?

J.-P.B.: Je travaille sur un document qui explique tous mes pas de danse sur scène. Je voudrais plus tard publier un livre dans lequel j'expliquerai ces pas de danse appuyés par des textes et des images.

AK: Avez-vous un projet à court terme?

J.-P.B.: Je voudrais créer un concept de diner-spectacle de façon régulière. Les gens pourront manger des plats africains tout en passant une soirée riche en spectacles afin de promouvoir nos arts.

AK: Avez-vous un mot de la fin?

J.-P.B.: Je voudrais remercier Afrikamérik qui m'a permis de m'exprimer aujourd'hui, car on n'a pas souvent l'occasion de le faire de cette façon. Je demande aux artistes de sortir et de chercher à découvrir tous les potentiels que l'Amérique du nord peut nous offrir. Je demande aussi la communauté africaine et surtout francophone de nous soutenir et de venir nombreux durant nos spectacles.

NRDL : Afrkamerik remercie vivement Zhina M. pour la transcription de ce texte. Cet acte bénévole mérite d'être signaler. Nous profitons de cette occasion pour lancer une fois plus un appel à toutes les personnes intéressées, de nous contacter le plus vite possible à travers notre courriel principal : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .

Entrevue réalisée par Didier Gangoma

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