Le groupe H’sao, une Hirondelle qui veut aller loin et voler toujours très haut

Le groupe H'sao à Calgary

Le Tchad est un pays peu connu musicalement en Afrique et dans le monde mais pourtant il existe un groupe musical basé à Montréal qui fait la fierté de ce pays. Ces jeunes sont les ambassadeurs de la musique tchadienne au Canada et dans le monde. A l'exception de leur soeur Taroum, Afrikamerik les a rencontré lors de leur dernier voyage à Calgary il ya quelques mois en 2010. Il s'agit de: Charles Donobé (batteur, compositeur et chanteur), Mossbass (basiste, compositeur et chanteur), Caleb (guitariste et chanteur), Service (percussionniste, compositeur et chanteur) et IZra L (pianiste, compositeur, danseur et chanteur). A coeur ouvert, le groupe nous a parlé du début et des succès du groupe. H'sao, c'est aussi une manière différente de travailler et surtout une autre vision sur la musique africaine moderne. C'est un long chemin depuis le Tchad natal jusqu'au Canada. Comme une hirondelle, le groupe H'sao veut toujours voler haut et encore plus haut...

AK: Bonjour à vous tous. Afrikamérik vous remercie pour votre disponibilité. Ma première question est celle de savoir la signification du nom H'Sao?

H'SAO: Le nom de Sao nous a été donné par notre père quand nous étions encore jeunes, au moment où nous avions commencé la musique; c'est le nom de nos ancêtres. Le "H" représente l'hirondelle, cet oiseau qui veut toujours aller loin.

AK: Comment votre histoire a-t-elle commencé, vos débuts dans la musique?

H'SAO: Nous avons commencé à chanter à l'église de notre père. Le groupe était formé des membres d'une même famille qui sont : Caleb, Mossbass, Taroum et I-Zra L. Les deux autres membres du groupe nous ont rejoins plus tard. Nos productions au Tchad se limitaient dans le centre culturel français à N'Djamena (capitale du Tchad), dans quelques événements culturels et aussi à l'église de notre père. C'est à peu près vers 1995 que nous avons décidé de faire la musique de façon professionnelle. Nous sommes allés faire une petite tournée en France en 2000. En 2001, nous sommes venus pour une compétition au Canada. Cette compétition nous a donné l'opportunité de décrocher des propositions de spectacles et l'histoire a continué.

AK: Revenons un peu à votre expérience au Tchad, des spectacles que vous y avez donnés?

H'SAO: Jusqu'en 2000 nous ne jouions seulement qu'à N'Djamena et de façon très locale. Les structures musicales tchadiennes ne sont pas aussi développées comme dans d'autres pays, mais nous avions quand même joué dans les plus grandes salles de la région. Nous étions considérés comme l'un des plus grands groupes du pays. Les jeunes de l'université et du quartier venaient nombreux quand ils savaient que H'Sao allait se produire.

AK: A vous entendre jouer, vous mélangez plusieurs types de musique: de la musique africaine, le hip hop, le gospel, etc.... Comment définissez-vous ce genre de musique?

H'SAO: Cette musique s'appellede l'Afro-pop, donc de la pop africaine. C'est une sauce, un mélange de tout: on y retrouve quelque part un peu de congolais, de reggae, de jazz, du blues, du hip hop et du ra?. Nous ne faisons pas de la musique traditionnelle. On peut entendre des sons purement africains mais avec des interventions plutôt modernes.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=15wsYPAd2R4]

AK: Vous voyagez partout dans le monde, en Europe, aux états-Unis, au Canada, en Asie, etc. Quelle est l'impression de vos fans, du public en général face à votre musique?

H'SAO: Ils sont agréablement surpris car c'est une musique unique en son genre. Nous faisons parti du seul groupe tchadien qui traverse

Taroum , H'sao

le monde entier. Nous nous inspirons de rythmes parfois traditionnels et de formes de danse pas très connues du public. Le public est toujours ébahi lorsqu'il voit la fille du groupe entrain de danser! Notre musique ne se retrouve nulle part ailleurs et c'est donc une musique unique, une signature de H'Sao.

AK: Vous étiez passé dans plusieurs chaines de télévision lors de la célébration de la fête du Canada le 1er juillet 2010. Vous avez partagé la scène avec des artistes comme Marie Josée Lord, Isabelle Boulay, Samian, Lyndia Thalie, Marjo, etc.... mais qu'est-ce que cela représente pour vous d'être associer à cet événement ?

H'SAO: C'est une reconnaissance de notre musique. Le fait que l'organisateur soit venu nous chercher pour cette célébration est une grande fierté pour nous et cela signifie aussi que nous avons réussi à avoir notre place ici. N'oubliez pas qu'il y a plusieurs groupes africains, nous ne sommes pas les seuls au Canada.

AK: La Reine d'Angleterre Élisabeth II était présente et elle vous a serré la main à la fin de la cérémonie. Quel a été votre sentiment à cet instant précis ?

H'SAO: Cela nous a fait voyager dans le temps. Nos pensées sont allées plusieurs années en arrière quand nous avions commencé notre musique. Si quelqu'un me l'avait dit 10 ans plus tôt que cela arriverait, je n'y aurai pas cru (rires). Il faut reconnaitre que c'est énorme pour nous et même pour la communauté africaine au Canada. Le metteur en scène de la célébration voulait représenter tout ce qui fait le Canada actuel car c'était peut être la dernière visite officielle de la Reine et ce metteur en scène nous a cherché pour représenter la communauté africaine et la communauté noire du Canada. C'est donc un honneur pour l'Afrique et pour le Tchad qui n'est pas très bien connu musicalement. La reine nous a confié qu'elle connaissait bien notre pays. ça donne aussi l'impression que ta main vaut plus chère quand on serré la main de la Reine (rires).

L'album 'Vol 235' du groupe H'sao AK: Vous avez sorti votre dernier album en 2009 intitulé Vol 235. Pourquoi le chiffre 235?

H'SAO: Notre premier album H'sao était beaucoup plus comme un héritage de tout ce que nous savions de la musique avant notre arrivé au Canada. Le Vol 235 est un voyage retour que nous offrons au public. Nous faisons en fait le voyage vers le Tchad et vers nos origines, mais avec de nouveaux bagages, de nouvelles influences, des nouvelles sonorités. Cet album représente la maturité, l'évolution de H'Sao à travers le temps. Le chiffre 235 n'est rien d'autre que l'indicatif téléphonique du Tchad.

AK: Quels sont les thèmes exploités dans cet album?

H'SAO: Nous y parlons plus de cas sociaux, notamment du mariage forcé. Le cas des filles qui se retrouvent coincées à cause des pratiques que nous dénonçons. Nous avons beaucoup conscientisé le public, surtout le public africain. Nous encourageons le public a écouté cet album et à saisir le message que nous envoyons à travers nos chansons. Nous parlons de la paix et de la joie de vivre même si on vient d'un pays où ce n'est pas toujours évident. Nous demandons au peuple Tchadien de bouger, de partir. Quand on parle de partir, on ne parle pas de renier sa propre culture. Nous voulons simplement dire qu'ils doivent aller découvrir ce qu'il y a à l'extérieur pour comprendre un peu comment le monde fonctionne. Je prends un exemple très simple qui est celui des congolais et des sénégalais qui pendant longtemps ont été les premiers immigrants et pourtant à aucun moment ils n'ont renié leurs cultures, leurs traditions et surtout leur langue. C'est aussi une richesse en soi de partager et de découvrir autre chose, apprendre aux autres ses valeurs et apprendre les valeurs des autres. Un autre message que H'Sao véhicule est celui du partage parce que celui qui ne partage pas se meurt. Il faut qu'il y ait un mouvement pour qu'il y ait vie parce que c'est qui est mort ne bouge pas. La musique de H'Sao est une musique vivante, une musique qui invite les gens à bouger, à voyager, à se surpasser.

AK: Vous êtes des artistes professionnels. Vous avez commencé au Tchad et maintenant tous basés au Canada. Y a-t-il un changement dans votre façon de travailler ?

H'SAO: Notre façon de travailler actuellement est très différente. Nous avions beaucoup de disponibilité au Tchad parce qu'il y avait peu d'engagement. Ce deuxième album Vol 235 a pratiquement été écrit dans les avions pendant nos multiples déplacements au Canada, en Australie et en Hong Kong. Quand nous écrivons nos chansons (Et cela peut être pendant les tournées), on s'arrange toujours pour s'envoyer les textes. Chacun de nous fait des arrangements musicaux de son coté dans nos mini-studios respectifs et nous nous retrouvons ensemble en fin de compte que pour la finalisation. Avec la technologie actuelle, nous ne sommes pas obliger d'être ensemble pour pouvoir travailler; c'est qui n'était pas forcément le cas au Tchad.

Le groupe H'sao

AK: Quand on vous regarde jouer, la musique est bonne, le public danse et applaudit, mais je parie vous éprouvez aussi quelque part certaines difficultés en tant qu'artistes Africains et en tant que artistes francophones qui sont minoritaires ici en Amérique. Comment arrivez-vous à surmonter vos difficultés?

H'SAO: Je vois une difficulté en particulier qui me glace et auquel nous avons fait allusion à une émission dernièrement, c'est la vision de la catégorie de la musique africaine dans le marché. Cette vision est insensée aujourd'hui parce que la technologie nous permet d'être par exemple en Chine et d'écouter de la musique des Amérindiens ou de l'Afrique du Sud. Pourquoi appeler la musique africaine la musique du monde? C'est sûr que la musique africaine est une musique étrangère pour un Blanc du Yukon (Nord du Canada) par exemple mais quand on vit dans une ville multiculturelle comme Montréal, cette musique africaine n'est plus une musique étrangère; c'est une musique très connue. On peut entendre le son des djembés tous les dimanches d'été sur le Mont-Royal par exemple.

Quand on arrive aussi à une émission de radio et qu'on nous dit que notre musique a un côté africain, un coté musique du monde qui gêne et qui ne peux passer à la radio, c'est vraiment frustrant et difficile pour le métier. Pourquoi la musique d'un grand artiste comme Sting par exemple n'est pas considérée comme une musique du monde? Beaucoup de ses rythmes sont souvent interprétés par des artistes maghrébins et même par le fait de chanter en anglais (U.K.) pourraient faire de lui aussi un artiste du monde!!

Tout cela n'est pas normal. La musique est destinée au public mais c'est l'industrie de la musique qui décide de nommer telle ou telle autre musique et surtout imposer à ce public un certain genre seulement. Nous sommes rendus en 2010 et les choses doivent quand même changer. On y trouve un peu de tout dans notre musique mais quand on leur amène une chanson de notre répertoire, ils disent que la chanson un peu ‘‘roots", donc difficile à diffuser à la radio et quand on amène une chanson plus ‘‘pop", ils nous disent que c'est une musique qui ne nous représente pas. Nous ne cherchons surtout pas être transformés, nous voulons rester fidèles à nous-mêmes et à notre public. Nous sommes un jeune groupe africain urbain qui écoute un peu de tout et cela se reflète dans notre musique.

L'artiste congolais Koffi Olomide a aussi souligné lors d'une entrevue sur une chaine de télévision européenne qu'il a rempli le complexe omnisport de Bercy, le Zénith et d'autres grandes salles de la France sans faire de la publicité, rien qu'avec du bouche à oreille mais pourquoi cela n'est pas passé à la télévision française malgré le nombre de personnes que ses concerts attirent?

AK: Vous avez un agent qui organise tout pour vous, donc les problèmes administratifs et les programmations sont réglés en avance. Que faut –il pour un artiste ou un groupe africain au Canada de bénéficier d'une telle organisation?

H'SAO: ça prend de la discipline et du sérieux. Il ne faut pas faire des préparations seulement pour un événement précis, mais tout le temps, même quand il n'y a rien qui se présente. Nous Africains avons toujours tendance à improviser et à dormir sur notre talent. Pour fonctionner dans cette société, il faut être minutieux et se mettre au diapason des Occidentaux.

AK: Quels sont vos meilleurs souvenirs?

H'SAO: Le Tchad est notre plus grand souvenir car la vie y était trop belle. La compétition gagnée aux 4e Jeux de la Francophonie en 2001 à Ottawa (Canada) fut un grand départ pour nous. La compétition comprenait quatre équipes africaines parmi 14 pays en lice. Nous avons terminé cette compétition avec la médaille de bronze en chanson. Notre participation à la célébration du 400e anniversaire de la ville de Québec constitue aussi un de nos meilleurs souvenirs sans oublier notre participation à la fête d'indépendance du Canada le 1 juillet 2010 dont on a évoqué tout à l'heure. Les meilleurs souvenirs sont nombreux, il est très difficile de les énumérer tous.

AK: Je crois avoir épuisé toutes mes questions. Avez-vous un message particulier au public?

H'SAO: Consommez africains (rires)! ça l'air de rien, mais c'est vrai. Mes amis en Allemagne m'ont dit qu'ils n'achètent que des voitures allemandes car ils contribuent à l'économie de leur pays. Consommez local si vous aimez le produit. Il faut que les Africains achètent et n'aillent pas télécharger gratuitement la musique sur internet. L'union fait la force. Si tout le monde apporte un peu, nous africains deviendront une grande force. En tant qu'artistes, cela nous coûte cher de produire un CD et c'est important que les Africains apprennent à acheter pour nous encourager et encourager tous les autres artistes africains. Nous disons un grand merci à Afrikamerik et saluons aussi tous vos lecteurs.

Pour plus information sur le groupe H'sao :

http://www.hsao.ca/fr

http://www.youtube.com/watch?v=15wsYPAd2R4&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=qS-MllBezaI&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=wyEqnVCtWAs&feature=related

Article réalisé par Didier Gangoma

© Tous droits réservés 2011

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien