Le Seigneur Rochereau Tabu Ley n’est plus

Le Seigneur Rochereau Tabu Ley | Crédit photo tiersC'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris la mort de l'artiste congolais Pascal Emmanuel Sinamoyi Tabu dit Seigneur Rochereau Tabu Ley ce samedi 30 novembre, 2013 à partir de la Belgique où il était hospitalisé.

Tout le monde sait qu'il était malade depuis quelques années. On se souviendra qu'après avoir passé quatre ans en Europe pour des soins médicaux, l'artiste musicien Tabu Ley est rentré à Kinshasa le 9 novembre 2012 pour assister à «Honneur Ley »; une série d'activités culturelles organisées en son honneur. Mieux vaut tard que jamais dit-on, l'artiste a été doublement décoré par la chancellerie des Ordres Nationaux de son pays. Il a reçu la médaille d'or de mérite civique et la médaille d'or de mérite des arts, sciences et lettres. Sa mort est définitivement une grande perte pour le monde artistique africain.

Il est difficile d'écrire toute l'histoire de Tabu Ley en une page, tellement qu'il a beaucoup fait durant sa carrière. Tabu Ley n'est pas seulement un des artistes le plus connu de la République Démocratique du Congo mais il est surtout une fierté nationale. A lui seul, l'homme est un baobab, une école, un artiste prolifique et talentueux que le continent africain n'a jamais connu. De 1956 à nos jours, il a produit plus de 3000 chansons et plus de 250 albums. L'artiste est connu pour la qualité de ses textes, ses arrangements musicaux et surtout pour sa voix. En termes de quantité et de qualité artistique, Tabu Ley Rochereau laisse derrière lui un héritage artistique énorme qui continue encore à inspirer les artistes tels que Papa Wemba, Koffi Olomide, King Kester Emeneya et autres.

Après son passage dans les groupes African Jazz du Grand Kallé et Africa Fiesta, Rochereau a crée son propre groupe musical en 1969 qui l'a nommé Afrisa et qui est devenu plus tard Afrisa International. Habitué à des innovations, Il a incorporé dans son orchestre quatre danseurs ainsi qu'un groupe de danseuses appelées «les Rocherettes». Les danseurs Pascal, Dillins «Kinsekwa», Mukala et Onema ainsi les danseuses Marietou, Angélique, Annie et Sadie vont émerveiller le public avec des belles chorégraphies. Très vite, la notoriété de l'artiste va dépasser les frontières de son pays et du continent africain.

Sur invitation de Bruno Cocatrix en France, le Seigneur Rochereau Tabu Ley (comme on l'appellera dorénavant) est devenu le premier artiste africain à avoir joué à l'Olympia en 1970. L'artiste a occupé l'affiche de cette salle mythique parisienne pendant deux semaines d'affilées et il y a livré près de 34 concerts. Lors de son premier concert à l'Olympia, on pouvait apercevoir des artistes comme Claude François «Cloclo» et Gilbert Bécaud dans la salle. L'artiste français Julien Clerc, qui venait de commencer sa carrière, a fait la première partie du spectacle.

Le Seigneur Rochereau a chanté une fois de plus dans cette salle mythique le 13 avril 2002 sur invitation de l'artiste congolais King Kester Emeneya puis le 7 mai 2012 lors du passage de son fils Youssoupha, avec qui il a fait un duo sur scène.

Quatre de ses enfants font de la musique: Pegguy Tabu, Abel Tabu, Philémon et Youssoupha. A ce jour Youssoupha est très bien coté en France, surtout après la sortie en 2012 de son dernier album dans lequel on retrouve un duo avec son père Rochereau. La chanson Les disques de mon père n'est qu'une reprise parfaite de la chanson Pitié du Seigneur Rochereau Tabu Ley mais assaisonnée cette fois ci avec quelques interventions du rappeur Youssoupha. Rappelons qu'en dépassant le nombre de 100.000 albums vendus, cet album Noir D**** a été certifié disque de platine en France durant la même année de sa sortie.

Seigneur Tabu Ley et Kester Emeneya - Photo: Martin Sinnock - www.africasounds.com

Le passage remarqué de Tabu Ley au Canada remonte en 1967 quand il est venu représenter la République Démocratique du Congo à l'Exposition Universelle de Montréal. N'étant pas d'accord avec le régime du président Mobutu, Tab Ley a du quitté le Congo à un certain moment et s'est exilé aux États-Unis puis en Belgique pendant plusieurs années.

Après la chute du régime, il est revenu dans son pays et s'est lancé dans la vie politique tout en poursuivant ses activités artistiques.

L'artiste détient un nombre impressionnant des titres honorifiques dans sa carrière. Il a récolté des disques d'or, des prix, des trophées, des places de premier plan dans les hits parades. Le dernier titre international en dehors du continent remonte de quelques années où il a remporté le “Prix Mondial de la Musique 2008” pour la zone Afrique au “Festival Mondial de la Musique” organisé entre 11 au 15 juin à la station balnéaire de Varadero, à la Havanne Cuba. Dix artistes musiciens au total était sélectionnés pour défendre la musique africaine face à plus de 3000 concurrents venus de l'Amérique, de l'Europe, de l'Asie et de l'Océanie. Le Seigneur Tabu Ley a remporté ce prix devant des monuments de la musique africaine tels que Youssou Ndour du Sénégal, Alpha Blondy de la Côte d'Ivoire, Manu Dibango du Cameroun, Miryam Makeba d'Afrique du Sud, Pierre Akendengue du Gabon, Salif Keita du Mali, Sunny Ade du Nigeria, etc…

Comme tout homme sur terre, le Seigneur Rochereau Tabu Ley savait qu'il allait mourir un jour; raison pour laquelle il a composé la chanson Mokolo na Nokofufa (qui veut dire le jour où je mourrais) en 2006. Cette chanson s'est vendue à plusieurs exemplaires et restera célèbre auprès des mélomanes.

Afrikamerik présente ses condoléances à toute la famille de l'artiste, aux artistes congolais et à tous les artistes africains en général.

Comme on le dit toujours, les artistes ne meurent jamais. A 73 ans, le père de la rumba congolaise est parti mais ses œuvres continueront à vivre éternellement parmi nous.

Vive le Soum Joum!

 Didier Gangoma
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