Nathalie Cora : La Kora est venue vers moi (première partie)

Nathalie CoraQuand on parle de la Kora, tout le monde fait allusion aux peuples Mandingues et aux grands griots de l’Afrique de l’ouest qui pendant des années, ont pu préserver le mystère de cet instrument de musique si précieux à la tradition africaine.

Mais aujourd'hui Afrikamerik vous présente une artiste Canadienne, qui est aussi reconnue à cause de ce même instrument de musique. Elle pensait diriger sa vie vers les arts plastiques mais depuis qu'elle a fait la rencontre avec une Kora, sa vie d'artiste a complètement changée. Entre Nathalie et la kora, c'est toute une histoire qui fera couler beaucoup d'encre pendant plusieurs années.

Nathalie Cora, puisque c'est ainsi que ses fans l'appellent dorénavant, est allée en Afrique non seulement pour découvrir d'où provient cet instrument  musical de tradition  mais aussi pour comprendre et appréhender la culture africaine.

Dans cette entrevue, l'artiste nous parle de sa rencontre avec la Kora, de son voyage en Afrique, de ses contacts avec les griots africains, de sa lecture de la tradition africaine en tant que femme occidentale et surtout de tout ce qu'elle a appris depuis lors.

Mais qu'en est-il au juste entre Nathalie et la Kora?

Shut!!! Suivons-la...

Afrikamerik (AK): Bonjour Nathalie. Vous êtes à Calgary pour participer à un festival appelé "The Calgary international children's festival", parlez-nous de votre prestation?

Nathalie Cora (NC): C'est depuis deux ans bientôt que je suis en tournée avec une troupe de théâtre qui s'appelle " la compagnie de théâtre Motus". La pièce de théâtre "Baobab" que nous jouons est destinée au jeune public. Dans cette pièce, je joue de la musique avec un autre artiste qui s'appelle Abdoulaye Koné. Nous accompagnons donc deux comédiens sur scène. Nous parcourons actuellement tout le  Canada et les États-Unis avec cette pièce de théâtre. Nous irons plus tard en Europe et en Afrique. Il faut préciser que "Baobab" est un conte africain.

Baobab

AK: De quoi s'agit t-il exactement dans cette pièce?

NC: C'est l'histoire d'un enfant qui est né d'un œuf et qui vient au monde pour réconcilier le soleil avec la terre. Le soleil a perdu son cœur, Il est jaloux et refuse d'aller se coucher. Il ne fait que briller et empêche l'eau de paraitre sur la terre. Tout en utilisant beaucoup des preuves, l'enfant ira retrouver l'eau pour pouvoir les réconcilier.

AK: Vous jouez de la musique dans cette pièce de théâtre. Parlez nous justement de vos débuts dans la musique?

NC: J'ai fais toutes mes études en art plastiques. Quand je rentrais au Cegep vers l'âge de 18 ou 19 ans, j'ai fais la connaissance d'un artiste sénégalais qui était de passage à Montréal. Il appelait Younoussa Sissoko. J'allais le voir jouer tous les mardis soirs dans un bar qui s'appelait "L'opale". De temps en temps, il venait s'assoir à notre table et finalement nous avons finis par sympathiser. Un jour, il m'a demandé de l'aider et sans hésiter, Je l'ai aidé à régler son problème. Malheureusement, je l'ai perdu de vue plus tard. Comme mon copain de l'époque était égyptien et la communauté africaine était très petite à Montréal, il a fini par me retrouver. J'étais un jour à la maison quand quelqu'un frappa chez moi. En ouvrant la porte, J'ai été agréablement surprise de voir Younoussa Sissoko avec une kora en main; il était venu me remercier. Il faut dire que c'est le début de toute une histoire ; la Kora est donc venue vers moi. Younoussa a quitté Montréal quelque temps après. Il est rentré en Afrique, en Cote d'ivoire où malheureusement il est allé mourir. Pendant deux ans d'affilés, cette Kora est restée dans ma garde robe.

AK: Les lecteurs d'Afrikamerik voudront surement savoir la suite de cette histoire qui devient de plus en plus intéressante!

NC: Oui, cet instrument est resté dans ma garde robe  jusqu'à l'arrivée à Montréal de Boubacar Diabaté, un autre joueur de Kora, originaire du Sénégal. Je me suis alors décidé d'aller le voir pour apprendre à jouer la Kora. Parallèlement à cela, je continuais mes études en art plastique mais Tonton Diabaté, comme j'aimais bien l'appeler, m'a directement mis dans le bain. Il m'a appris à se débrouiller à jouer et surtout comment se tenir avec cet instrument. Il m'a appris à développer une oreille musicale. J'ai donc commencé à l'accompagner partout où il jouait. Nous avions fait le tour de tous les bars à Montréal comme par exemple "Le Balatou" et autres petits coins du Québec. Il m'a beaucoup appris sur l'Afrique, de la culture africaine et m'a aussi préparer à un long voyage en Afrique. Il m'appelait "sa fille".

Nathalie Cora, la Kora est venue vers moi

AK: Vous êtes parti en Afrique pour approfondir votre connaissance de la Kora, mais quels sont les pays que vous avez visités et qui sont les personnes avec qui vous avez eu à travailler?

NC: D'abord il faut dire qu'avant ce voyage, j'ai été sollicité par une fille pour jouer la Kora dans un groupe qui s'appelait TAKADJA. Quand, j'ai rejoint ce groupe, j'ai vraiment senti qu'il était nécessaire d'élever mon niveau de connaissance car il y avait des bons musiciens et surtout des bons danseurs de ballet africains comme par exemple Oumar N'diaye plus connu en Guinée sous le nom de "Martinos". En 1973, Cette fille m'a aidé à obtenir une bourse auprès du "conseil des arts du Canada" pour aller approfondir la connaissance de la Kora en Afrique. J'ai commencé en Guinée avec Fodé Kalissa dans "le grand bal africain de Guinée". Après la Guinée, je suis allée au Sénégal. Et comme par hasard et je ne le savais pas, je suis tombé dans la même famille de Fodé Kalissa. J'ai rencontré un jeune joueur de kora avec qui ça vraiment "Cliquer "; Il s'appelle Toumany Kouyaté. Je tiens à le souligner que quand je suis arrivée au Sénégal, j'étais un peu mal prise. J'étais dans une situation difficile et malgré cela, Toumany a continué à m'enseigner la kora. J'ai des très petites mains; raison pour laquelle  je ne pouvais pas utiliser la kora d'un homme. Toumany m'a alors montré comment fabriquer cet instrument moi-même, comment l'entretenir et même comment l'accorder. Toumany payait même mon transport. Il m'a beaucoup aidé et j'en suis très reconnaissante. Il m'a rejoint au Canada quand je suis revenu. Il a joué avec nous dans TAKADJA. Il est même venu faire une tournée ici à Calgary. Aujourd'hui il vit à Las Vegas où il travaille depuis 10 ans pour le compte du cirque du soleil.

AK: Le périple africain s'est–il donc terminé au Sénégal?

NC: Pas du tout. Après le Sénégal, je suis parti au Mali. J'ai travaillé sur place avec Djely Moli Tounkara. C'est quelqu'un que j'ai rencontré au Sénégal et qui apprenais chez Toumany Kouyaté. Djely Moli est né dans cette tradition car  que son père jouait déjà depuis plusieurs années. A mon arrivée au Mali, Il maîtrisait déjà le répertoire et je peux dire qu'après toutes ces années, c'est sur qu'il me dépasse. Je suis allé étudier avec lui au Mali tout en revenant de temps en temps au Sénégal.

NDRL:Compte tenu de la longueur de cette entrevue, nous l'avons subdivisée en deux parties. La suite de cet article sera publiée dans les jours qui viennent. Ne manquez pas la suite, il y a beaucoup à apprendre de Nathalie Cora.

Pour rejoindre l'artiste : http://www.nathaliecora.com/

http://www.youtube.com/watch?v=dJrZMD8SS2w

Une entrevue réalisée par Didier Gangoma

© Tous droits réservés, 2010

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