Jean Goubald: Un homme, une guitare, un style

Voici une entrevue exclusive réalisée auprès de Jean Goubald Kalala, que nous avons rejoint aujourd'hui chez lui à Kinshasa. Les propos dépeignent un artiste aux multiples facettes: qu'il soit rêveur, poète, acteur, musicien ou chanteur, Jean Goubald nous livre ici ses pensées, sa vision du monde. Et des messages percutants, sans complaisance sur la RDC.

Ndlr: Article publié originalement en 2009 sur le site de www.congokulture.net et reproduit avec la permission de l'auteure qui aujourd'hui est membre de www.afrikamerik.com

 

Congokulture: Merci de nous accorder cette entrevue M. Goubald. Vous êtes actuellement en tournage et acteur principal du film de Balufu Bakupa Kanyinda "On a marché sur la lune" où vous incarnez un professeur de littérature. Y a-t-il un lien de "parenté" ou de ressemblance entre Jean Goubald et ce professeur?

Jean Goubald: Oui, il y a un lien. Dans le film, le professeur pousse les enfants à être patriotique, à aimer leur pays, la nation. C'est aussi ce que je fais dans ma vie. J'incite les enfants à aimer la RDC, à développer cette conscience d'amour envers leur pays. Il y a des gens qui ont envie de fuir le pays, d'autres ont envie d'y venir. Pourtant, il y a tant à faire ici.

CK: Avez-vous eu du plaisir à jouer ce rôle?

JG: Oui, j'ai eu du plaisir à le jouer et ce rôle me ressemble beaucoup. J'ai beaucoup aimé aussi réciter des poèmes pendant le tournage du film.

CK: A quand une visite de Jean Goubald en Amérique, où sa musique semble moins connue parmi les communautés congolaises et africaines?

JG: Je ne sais pas, il ne me faut qu'invitation d'un producteur. S'il y en a, je viendrai et c'est certain!

AK: Vous préparez un album intitulé "Normes" qui sortira bientôt, que devons-nous savoir sur cet album?

JG: Dans l'album "Normes", je m'adresse à mon peuple. Il y a tant de choses qui se font dans mon pays, mais pas dans les normes. Les gens veulent par exemple de l'argent sans pouvoir travailler. Nous avons une terre très fertile en RDC, mais les gens ne travaillent pas la terre. Ce sont la quelques exemples que j'ai choisit au hasard. L'amour ne manque pas aussi dans cet album, où je chante la femme. L'album en soi comprend 15 titres, dont "Nzambe" où je parle de Dieu; c'est d'ailleurs ma fille qui m'a demandé de rajouter cette chanson.

CK: Si Dieu existe, que vous dirait-il à la porte du paradis?

JG: J'arrive à peine à imaginer (rires)… Ça serait un plaisir si j'y arrive...Je ne sais pas. Je me vois en train de prendre la place...D'après ce qu'on croit, il y aura la perfection de ce que l'on voit ici...!

CK: Qu'est-ce qui vous "branche" en terme d'inspiration pour écrire, pour chanter?

JG: La vie courante et puis parfois ce que l'ont voit dans les films, les livres qu'on lit, des situations qu'on vit. L'inspiration vient parfois en grattant la guitare puis je me mets à écrire quelques lignes. C'est comme ça...

CK: Quel est le sens de la vie pour vous?

JG: Jusque là, je n'ai pas encore compris, ni même trouvé. S'il y a un véhicule, c'est peut être la paix et la joie. Mais en fait, tout ça ne viendra que de l'amour. Il faut regarder dans le visage du prochain et voir la joie qui se communique alors sur soi-même. C'est ça! Les humains doivent se rencontrer et surtout trouver le moyen pour le faire, je crois que c'est ça l'amour.

CK: Et ce qui vous inspire personnellement dans votre vie?

JG:C'est l'amour entre les humains, entre l'homme et la femme, le bonheur des autres, le grand amour.

CK: Imaginez que vous êtes conférencier et que vous avez devant vous un groupe de jeunes de la RDC. Quel serait votre message pour eux?

JG: humm les jeunes de la RDC... Le plus grand message qu'on doit leur donner, c'est l'amour du prochain et l'amour du travail. C'est vraiment un gros chapitre! Je fais allusion ici au travail vivant, qui donne des résultats, qui doit rester, qui doit demeurer. Le travail constructif est celui sur lequel vient s'ajouter celui des autres. La jeunesse doit trouver le travail qui construit, que nous ajoutons à ce que nos parents ont fait avant nous. Manger ou se nourrir est une conséquence du travail; il n'est pas un objectif ou une finalité.

CK: Si vous inventez un médicament miracle, il guérit quoi?

JG: S'il y a un mal qui ronge la terre, c'est tout simplement le manque d'amour. Il faut voir tout ce que fait le manque d'amour sur la terre, mais c'est grave! Il y a quelques jours, je suivais un documentaire à la télévision sur la guerre. Les conséquences de la guerre sont énormes et le début des conflits à mon avis, commence d'abord par le manque d'amour.

CK: Quel proverbe ou expression vous guide?

JG: Ce serait une phrase biblique, je crois. Ce serait "Ne faites pas à votre prochain ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse"...

CK: Si vous êtes nommé Ministre de la Culture en RDC demain matin. Quelles seraient vos premières actions ?

JG: Il y a plein de chansons qui passent sur nos radios et qui abrutissent la jeunesse, je les interdirais en tout ca...! Ensuite je trouverais de bons collaborateurs qui ont de bonnes idées dans le domaine culturel et ensemble, on organisera une bonne structure du ministère. Et si on me met les bâtons dans les roues, je démissionne...! (rires)

Ce que je trouve dommage, c'est que l'art en RDC ne se fait pas pour sa beauté, pour laisser des traces. Elle se fait pour vivre. L'art doit refléter la beauté, une vision. Pour les artistes, l'art se fait pour apprendre à croiser leur intérieur, à croiser Dieu. L'art est l'expression de l'existence de l'être.

CK: Avez-vous un projet qui vous tient à cœur présentement?

JG: Oui, j'ai un petit projet d'agriculture. Je voudrais travailler la terre. Je me suis acheté un petit terrain de 4 hectares à Kinshasa et je veux le cultiver. Les gens ici à Kinshasa sont distraits par une musique qui n'a pour contenu que des insultes, qui n'envoie les gens qu'à se saouler la gueule et ils ne font que s'abrutir. Il faut qu'il y ait des gens qui réveillent le peuple...! Je m'adresse à mon peuple. Il faut qu'il se réveille et voie autrement notre cher Congo.

CK: Un message pour les internautes de Congokulture?

JG: je leur demanderais du fond de mon cœur de regarder tout autour d'eux, de regarder leur voisin immédiat qui est là, juste là et avec un regard plein d'amour. De propager ce regard d'amour à travers le monde.

 

Lina Racine

©Tous droits réservés, 2012

 

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