Entrevue exclusive avec l’écrivaine d’origine congolaise, Ghislaine Sathoud.

Établie au Canada depuis près de treize ans, Madame Ghislaine Sathoud est une écrivaine qui s'implique activement dans le domaine des droits des femmes. Voici l'entrevue exclusive qu'elle a accordée à Afrikamerik.

AfrikamerikAfrikamerik (AK): Madame Sathoud, pouvez-vous nous retracer brièvement votre parcours qui vous a mené de Brazzaville jusqu'à Montréal?

Ghislaine Sathoud (GS): Quand j'ai quitté le Congo, je me suis installée en France où se trouvaient déjà mes deux sœurs aînées pour une raison similaire à la mienne : nous avons quitté notre terre natale pour entreprendre des études universitaires. Quelques années plus tard, je retournais au bercail pour m'imprégner des saveurs de mon enfance. Peu de temps après, je m'envolais pour le Canada en passant encore par la France. J'ai obtenu un visa d'études qui m'a mené au Canada en janvier 1996. J'ai d'abord vécu à Sherbrooke ensuite, je suis venue m'établir à Montréal où j'habite depuis maintenant dix ans.

AK: Comment en êtes-vous venue à vous impliquer dans la cause de la lutte contre la violence faites aux femmes? Y a-t-il eu un événement déclencheur?

GS: Je suis une militante des droits des femmes et à ce titre, je m'intéresse tant aux mécanismes qui favorisent leur épanouissement qu'aux facteurs défavorables à l'émancipation féminine. Aussi, la lutte contre la violence à l'égard des femmes correspond parfaitement à mes intérêts. En dehors de cette passion, des événements dans ma vie personnelle n'ont fait que renforcer ma détermination : j'ai décidé de m'impliquer d'avantage dans cette cause qui me tenait à coeur depuis très longtemps.

Ghislaine SathoudAK: De votre point de vue, voyez-vous que des formes de violence persistent contre les femmes, au Canada?

GS: Oui, plusieurs formes de violence persistent au Canada. N'oublions pas que la violence est un fléau planétaire. D'ailleurs, je suis porte-parole pour le programme Vivre au-delà du refuge de YWCA Canada. À l'occasion du lancement de la campagne de la rose de YWCA et dans le cadre des festivités entourant la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, j'étais à Ottawa pour soutenir cette noble lutte. Les participantes venaient de partout au Canada.

AK: Et qu'en est-il pour ce qui est du continent africain?

GS: En Afrique, la violence à l'égard des femmes est récurrente et persistante, et ce, tant dans la sphère publique que dans la sphère privée. Mais, concernant la violence domestique, le seuil de tolérance est plus élevé à cause de l'influence des coutumes. De plus, certaines formes de violences (par exemple la violence psychologique et la violence économique), ne sont pas considérées comme des atteintes à la personnalité, à l'intégrité et à la dignité des femmes...

AK: Pourriez-vous proposer des idées, des projets ou des mesures concrètes à mettre sur pied et qui pourraient contrer les violences faites aux femmes, notamment en Afrique?

GS: Les États Africains sont signataires des conventions internationales qui recommandent l'éradication des violences à l'égard des femmes. A partir du moment où ils commenceront à respecter leurs engagements, un grand pas sera franchi...

AK: Croyez-vous que les diaspora africaines jouent un rôle dans le développement des pays africains?

GS: Oui, les diaspora africaines jouent un rôle dans le développement des pays africains. Elles pourraient même s'investir davantage dans le développement de leurs patries respectives. Mais, le climat d'insécurité qui règne dans plusieurs régions d'Afrique fait naître un climat de méfiance et d'inquiétude. Voila pourquoi il est primordial de préserver la paix sur le continent afin d'encourager les investissements.

AK: Selon vous, quel est votre apport particulier comme écrivaine dans la société où vous vivez ainsi qu'auprès de celle du Congo?

GS: Dans mes textes, j'évoque des problématiques réelles et concrètes. Si le fait de pointer du doigt ces réalités sociales peut faire prendre conscience de la gravité de certains phénomènes ou simplement donner des outils pour les comprendre, c'est déjà le prolongement de la réflexion... Sans compter que l'évocation des malaises qui réduisent la qualité de vie de plusieurs personnes est une façon de tirer la sonnette d'alarme sur des phénomènes.

AK: Quels sont les défis auxquels vous avez fait face pour arriver là où vous êtes et comment les avez-vous vaincus?

GS: Dans toute entreprise humaine, il faut s'armer de patience et de persévérance. En effet, d'innombrables obstacles se dressent sur le chemin qui mène à la réalisation de nos projets. Ce qui est important, c'est de se donner les moyens de les affronter vaillamment, de les contourner, au fur et à mesure qu'ils apparaissent...

AK: Si vous inventiez un médicament miracle, il guérirait quoi?

GS: J'aurais bien voulu inventer le médicament qui guérirait la haine, la convoitise et la méchanceté. Comme on le sait, ces intentions malsaines sont à l'origine de bien des maux qui détruisent l'humanité.

AK: Quel proverbe vous décrit le mieux ?

GS: Petit à petit, l'oiseau fait son nid. Quand je me fixe des objectifs, je suis patiente et persévérante.

AK: Imaginez que vous avez devant vous un groupe de jeunes : quels seraient les conseils que vous aimeriez leur offrir?

GS: Le premier conseil serait le suivant: il faut réfléchir longuement avant de poser des gestes. Remarquez que c'est valable pour tout le monde hein! Toutefois, concernant les jeunes, bien souvent ils agissent rapidement sans prendre le temps de penser aux retombées de leurs actes.

AK: Comment décririez-vous la présence africaine en Amérique?

GS: Depuis ces dernières années, le nombre de ressortissants africains en Amérique ne cesse de s'agrandir. L'immigration africaine sur ce continent étant récente, les nouveaux arrivants sont confrontés à toutes sortes de problèmes. Ce qui est intéressant, c'est que les africains font des pieds et des mains pour rendre leur séjour agréable. C'est un point très positif. En dépit de toutes les difficultés rencontrées, ils s'impliquent dans divers domaines.

AK: Un dernier message pour les lecteurs d'Afrikamérik?

GS: Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de m'exprimer sur Afrikamérik.

Pour rejoindre Madame Sathoud:
www.ghislainesathoud.com

Article réalisé par Lina Racine
© Tous droits réservés, 2009.

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