Le spectacle de Faustin Linyekula: entre désespoir et espoir pour la RDC.

Montréal, mardi 1er juin, Usine C. Il est presque 21:00 et la salle s'emplit peu à peu de spectateurs, Blancs, Noirs. Linyekula n'est pas un nom inconnu pour moi: pourtant, je ne sais trop à quoi m'attendre. Sur une large scène dénudée mais dont le haut mur de briques du fond réchauffe en quelques sorte la salle, tous les acteurs du spectacle sont déjà en place, figés comme dans un état de somnolence et de douce pénombre, sur fond d'un léger grondement numérique.

Un homme si mince qu'il semble être une ficelle, se met lentement en mouvement presque sur lui-même, pendant quelques minutes. Probablement intrigués par ces mouvements étranges que Faustin Linyekula exécute selon un rythme aux symboles cachés, on sent les spectateurs déjà suspendus et retenant leur souffle devant cet homme si frêle mais dont l'énergie dévorante ne fait aucun doute.

Se joindront ensuite à ce danseur et chorégraphe, tour à tour vêtus de costumes bigarrés ou délaissés sur scène au gré des minutes qui s'égrennent, les danseurs Dinozord, Papy Ebotani ainsi que les musiciens Flamme Kapaya, Patou «Tempête » Kayembe, Le Coq, Rémi Bassinta Nightness et Pasnas. Qu'on se le dise: aucun répit ne nous sera offert pendant presque deux heures. Cette folle équipée, sur des textes d'Antoine Vumilia Muhindo, nous fera vibrer entre rythmes débridés de ndombolo et portions de rock cascades et nous entraînera au coeur du chaos légendaire de Kin-autrefois-la-Belle, du désespoir congolais décliné en questions et affirmations cruellement vraies tant sur le passé que la réalité actuelle du peuple congolais. On ne saurait ni rire ni pleurer tant ce qu'on verra et vivra nous visse littéralement à la chaise...

Lobi, toyebi te?

Qui sait de quoi sera fait demain?

De ces acteurs qui agiront séparément en tournoyant aux quatre coins de cette grande scène, viendra se greffer un des moments-phares du spectacle: délaissant leur quête individuelle, les acteurs se regrouperont dans une danse africaine circulaire de celle où chacun à tour de rôle y mettra du sien, dans la joie du partage. En toute simplicité, sans artifice, dans un objectif commun...

Faustin Linyekula en spectacle

Le spectacle "More more more future" des Studios Kabako ne saurait se comparer qu'à lui seul. Entre survie et violence, y a-t-il place à autre chose en République Démocratique du Congo? La conclusion du spectacle depose au creux des coeurs, un message fort: c'est au peuple congolais de saisir sa destinée...

Un message qui prend encore tout un autre sens quand on songe au meutre, le lendemain de ce spectacle, du militant des droits humains M. Floribert Chebeya à Kinshasa.

Lina Racine
@Tous droits réservés, 2010
Pour voir un extrait du spectacle:
http://www.fta.qc.ca/fr/2010/more-more-more-future
Pour plus d'information sur les studios Kabako:
http://www.kabako.org/
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