Entrevue exclusive avec Alex Gbaguidi, un sprinteur hors pair.

Alex GbaguidiAfrikamerik vous présente cette entrevue exclusive avec Alex Gbaguidi, un sportif hors pair qui continue d'amasser les médailles d'or lors de championnats d'athlétisme locaux et internationaux.

« Ma devise est simple; vivre chaque jour comme si c'était le dernier jour. Je pense que chaque moment de la vie, chaque jour que l'on vit est un cadeau. J'ai appris à apprécier toutes ces petits présents de la vie avec le temps »

Lors des derniers championnats Americas Master Games qui se sont déroulé à Vancouver du 27 août au 4 septembre 2016, Alex est revenu à Calgary où il habite avec trois médailles d'or et un record canadien à son actif. A cœur ouvert, Alex nous a accordé cette entrevue.

A Quel est le moment de votre vie avez-vous réalisé que vous vouliez devenir un athlète?

Je pense que j'ai toujours été un athlète; demandez à ma mère qui a dû me courir après alors que j'étais encore en couche-culotte [rires].

Un des moments marquants de mon enfance a été de regarder les JO de 1988 à la télé quand j'étais encore au Sénégal, mon pays d'origine. C'était une finale aux 100 m opposant deux légendes du sprint : Ben Johnson (CAN) et Carl Lewis (USA). C'était impressionnant de voir qui de ces athlètes était le plus fort, le plus rapide.

De mon côté, j'ai toujours aimé la vitesse. J'ai toujours aimé courir, me dépasser et donner le meilleur de moi-même. Je pense que l'athlétisme, d'une manière générale est un sport simple et pure dans la mesure où c'est juste toi contre la montre. C'est un défi personnel contre le temps, contre tes limites personnelles. Quand je suis sur la piste, je ne cours pas vraiment contre mes adversaires mais je me mesure avant qui j'étais hier avant toutes ces séances d'entrainement intensif.

J'imagine que les débuts étaient difficiles, n'est-ce pas?

[Rire aux éclats]. Tout à fait ! Mes débuts ont été difficiles car j'ai commencé ma carrière en athlétisme un peu tard. Au Sénégal, je ne faisais pas de sprints en tant que tel. Je faisais plus des courses de demi fonds sur 3000 m, 5000 m et parfois 10 000 m parce que c'était plus accessible. Trouver les équipements sportifs adéquats était aussi un gros défi à surmonter. Ici au Canada, tu peux trouver tout ce que tu veux comme équipement dans les magasins et grandes surfaces mais au Sénégal c'était difficile d'avoir accès à des chaussures de sprint par exemple. Essentiellement comme sport, je faisais les arts martiaux comme le judo et l'Aïkido qui m'ont beaucoup aidé pour ma flexibilité et je faisais aussi des sports d'équipe comme le basketball et le volleyball.

Alex GbaguidiSelon vous, quelles sont les valeurs essentielles pour un athlète qui veut réussir?

Tout athlète se fixe d'abord des objectifs précis et réalistes et recherche ensuite les moyens nécessaires pour les atteindre. Cela requiert de la discipline, de la rigueur, de l'organisation et une bonne éthique de travail.

Vous courrez pour l'instant dans la catégorie des vétérans, que les anglophones appellent les Masters. Voulez-vous nous expliquer un peu la différence avec les autres catégories?

C'est en fait une catégorie qui regroupe les athlètes âgés de 35 ans et plus. Dans certains pays, cette catégorie est ouverte aux athlètes de 30 ans et plus. Je coure dans cette catégorie parce que je la trouve idéale à mon style de vie. C'est une catégorie où les athlètes s'inscrivent par eux même et prennent le temps de s'entrainer malgré leur travail, la famille et autres aléas de la vie. Les compétitions sont ouvertes aux athlètes de tous niveaux : les amateurs, les ex-athlètes professionnels ou les ex-athlètes olympiques. Nous sortons de là avec des médailles et parfois des records. C'est une expérience très unique et enrichissante car elle me permet de rencontrer et d'interagir avec d'autres passionnés de partout dans le monde.

Du 26 août au 4 septembre 2016, la ville de Vancouver en collaboration avec plusieurs partenaires, a organisé pour la première fois le championnat Americas Masters Games en 2016. Pendant 9 jours, cette compétition a regroupé plusieurs sportifs de plusieurs disciplines sportives, venant de partout dans le monde. Vous y avez participé en tant qu'athlète. Voulez-vous nous en dire plus?

Cette compétition a été, selon moi plus comme une préparation pour d'autres compétitions à venir. J'ai couru les 100 m, 200 m et le 4X100m relais avec l'équipe canadienne. Avec mes coéquipiers Brian Carnaté, Luke Wang et Marvin Johnson nous a réalisé un temps de 44.05 secondes; c'est qui constitue un nouveau record canadien pour la catégorie M35. Le dernier record était de 44.89 secondes et remontait à août 1988. Je suis revenu à la maison avec 3 médailles d'or mais au-delà de toutes ces médailles, mes performances étaient encourageantes.

Alex GbaguidiVous participez quand même depuis longtemps à ces compétitions. Quelle a été la compétition où vous avez réalisé votre meilleur score?

Je participe à ces championnats depuis 4 ou 5 ans maintenant. J'ai réalisé mes meilleures performances en Italie en août 2013 lors des World Master Games qui se sont déroulé à Turin (Italie). Ça été une de mes plus belles expériences avec l'équipe canadienne des vétérans. J'ai ramené deux médailles d'or sur 100m et 400m plus une médaille d'argent sur 200m. J'ai manqué cette troisième médaille d'or de près d'un 3/100 eme de seconde. Je menais la course jusqu'aux derniers 10 mètres avant de me faire dépasser juste avant la ligne d'arrivée par un athlète de la Roumanie. C'était une belle course dont je me rappellerai toute ma vie. Le mouvement des Masters me tient vraiment à cœur car on peut y rencontrer des gens ordinaires qui réalisent des performances extraordinaires pour eux-mêmes et pour leur pays.

Avez-vous un message à tous les jeunes du monde entier, qui n'ont peut-être pas accès aux sports comme vous le faites, mais qui rêve d'en faire?

Je leur dirais qu'il n'est jamais trop tard pour vivre sa passion et ses rêves. J'ai commencé à courir à l'âge de 25 ans et ça fait bientôt 10 ans que je vis ma passion. Je suis présentement un des ambassadeurs d'une organisation qui est basée au Canada et qui s'appelle KidSport. Cette organisation aide les jeunes à s'épanouir à travers le sport. Mes commanditaires m'aident à accomplir tout ce que je fais et je verse quelques dividendes à cette organisation pour aider les jeunes qui sont dans le besoin.

Avez-vous un modèle dans la vie, peu importe le domaine et pour quelles raisons?

J'en ai quelques-unes; mes parents tout d'abord car sans eux je ne serais pas qui je suis aujourd'hui. En dehors de ma famille je dirais Youssou Ndour. Il a commencé sa carrière comme tout le monde dans un petit quartier de Dakar appelé La Medina mais aujourd'hui il est devenu un entrepreneur aguerris. J'ai grandi en écoutant sa musique. Bruce Lee est aussi une idole pour moi. J'ai grandi comme plusieurs jeunes dans les années 80 et 90 regardant les films de Bruce Lee et Jackie Chan. Avant de pratiquer l'athlétisme, j'ai d'abord pratiqué les arts martiaux durant plusieurs années et particulièrement le Judo et l'aïkido. Cela m'a appris la discipline et la rigueur nécessaire pour le sport.

Les médails de Alex Gbaguidi

S'il faut énoncer une devise personnelle qui vous représente, quelle serait-elle?

Vivre le moment présent comme si c'était le dernier. Je pense que chaque moment de la vie, chaque jour que l'on vit est un cadeau. Ma vie n'est pas rose ou parfaite mais le fait de se lever le matin et aller m'entrainer ou avoir la chance d'inspirer les autres c'est une bénédiction pour moi. J'ai appris à apprécier toutes ces petites choses de la vie avec le temps.

Où vous voyez-vous dans 5 ans et quel est le plus grand rêve que nous n'avez pas encore réalisé?

[Rires] J'ai un rêve un peu fou; c'est celui de battre un record canadien. C'est un record de 50 m et du 60 m en salle détenu actuellement par Bruny Surin.

Oui, je me vois toujours en train de courir dans 5 ans. Je vais continuer à faire des compétitions nationales et internationales et surtout rester en bonne santé le plus possible.

A part le sport, vous êtes aussi un acteur de cinéma. D'après mes informations, vous êtes actuellement en plein tournage d'une série télévisée?

Oui c'est vrai. Je participe au tournage d'une série télévisée canado-américaine. Je travaille sur la 2e saison de la série "Wynonna Earp". C'est une série de science-fiction commandé par la Chaine Sy-Fy et qu'on en entrain de filmer à Bragg Creek, ici même en Alberta. Je suis la doublure de l'acteur canadien Shamier Anderson.

Alex Gbaguidi à Vancouver

Comment arrivez-vous à équilibrer votre vie professionnelle avec le sport et les compétitions. Tous les déplacements que vous faites ne doivent pas être faciles à gérer ?

C'est une excellente question! Vous avez raison, rien n'est facile. Je travaille à mon propre compte comme conseiller financier affilié au Groupe Investors. J'aide mes clients à évaluer leur situation financière courante et élaborer un plan pour atteindre leurs objectifs dans un délai raisonnable. Par exemple, j'ai pu aider plusieurs familles immigrantes à sortir de dette rapidement pour bâtir leurs économies ou encore épargner pour la retraite. Je suis très heureux de mettre mes connaissances et mon réseau d'experts au service de mes clients. Le fait de travailler à mon propre compte me permet facilement de vivre ma passion et de développer mon cabinet de conseils financiers. Pour répondre à votre question, je dirais tout simplement qu'il faut être organisé. Ça prend beaucoup de discipline et d'organisation. Malgré mes déplacements, je traite mes clients avec beaucoup de soins pour qu'ils ne soient pas déçus et j'ai la chance d'avoir une excellente équipe qui me supporte.

Comment se présente votre programme dans les jours qui viennent?

Il faut d'abord comprendre qu'au niveau international, il y a deux saisons. La saison intérieure commence au début du mois de décembre jusqu'à fin mars et la saison extérieure commence vers mi-mai jusqu'au mois d'août. En raison de mon travail je ne pourrais pas participer aux championnats du monde en salle ou aux World Masters Games de cette année. J'aurais bien voulu y aller mais le temps me fait défaut. Entretemps il y a quand même d'autres championnats sur le plan provincial et national auxquels je pourrais participer. Sur le plan international, je vais devoir attendre septembre 2018 pour prendre part aux Championnats du monde à Malaga, en Espagne.

Je comprends donc qu'il y a beaucoup à dire sur les compétitions Master. Nous aurons surement le temps d'en parler dans s'autres circonstances ? Avez-vous un mot de la fin avant de nous quitter?

Je vous remercie énormément pour cette entrevue. Si cela peut inspirer les autres, j'en serais content. Je profite de cette occasion pour remercier toutes les personnes qui de loin ou de près m'aident à accomplir tout ce que je fais.

Ndlr : Entre le moment où nous avons fait cette entrevue avec Alex et le moment où nous étions en train d'écrire cette entrevue, Alex a gagné une médaille d'or à Montréal pour le compte des championnats nationaux en salle et une autre médaille d'or aux championnats provinciaux d'athlétisme à Edmonton.

Merci

Propos recueillis par Didier Gangoma

© Afrikamerik, 2017

Note utilisateur:  / 1
MauvaisTrès bien