KALTOUMA NADJINA, la gazelle nationale

Elle a remportée les médailles d'or en 200m et en 400m lors des championnats d'Afrique d'athlétisme organisés par la confédération africaine d'athlétisme à Tunis en 2002. Kaltouma est une athlète de haut niveau et la liste de ses médailles est exhaustive. Elle est une double médaillée aux trois éditions d'affilées des jeux de la francophonie en 2001, 2005 et 2009. C'est ainsi qu'on l'appelle "la gazelle nationale". Elle est aujourd'hui désignée comme porte parole officielle de la Fédération du sport francophone de l'Alberta (FSFA), au Canada où elle vit. C'est dans ce cadre qu'elle a reçu Afrikamerik à Sylvan Lake, une petite municipalité située à deux heures de Calgary, en Alberta.

Kaltouma Nadjina devant l'affiche des 17eme Jeux Francophones de l'Alberta

Afrikamerik: Bonjour Kaltouma, quelle est la raison de votre présence ici à Sylvan Lake?

Kaltouma: Bonjour. Je commence d'abord par remercier Afrikamerik pour m'avoir suivi jusqu'ici à Sylvain Lake, une petite municipalité très agréable. Pour revenir à votre question, la Fédération du sport francophone de l'Alberta (FSFA) a organisé cette année entre le 14 et le 16 mai 2010 ici à Sylvan Lake, la 17e édition des jeux francophones de l'Alberta. Ces jeux regroupent plusieurs élèves venant de toutes les villes de l'Alberta. Trois compétitions ont été retenues à cet effet : le soccer, le badminton et le basket-ball. Ces compétitions marquent aussi le début de recrutement de l'équipe Alberta pour la cinquième édition des Jeux de la francophonie canadienne qui vont se dérouler entre le 14 et le 24 juillet 2011 à Sudbury, en Ontario. C'est dans ce cadre que j'ai été désignée comme porte-parole de cette édition.

Afrikamerik: Si j'ai bien compris, vous avez été désignée officiellement comme étant la porte parole de la 17e édition des jeux francophones de l'Alberta, mais qu'est-ce que cela représente pour vous?

Ka: Je dirais que c'est d'abord ma première fois de participer à ce genre d'événement. Cela me fait énormément plaisir de voir tous ces jeunes faire du sport. J'ai moi-même commencé ma carrière quand j'avais leur âge, c'est avec un grand plaisir que j'ai accepté bénévolement ce rôle. Je suis là pour encourager et motiver les jeunes à pratiquer le sport. Je suis venu aussi pour appuyer l'action de la fédération.

Afrikamerik: Revenons un peu à votre carrière, d'où provient le surnom de la « Gazelle »?

Ka: (Rires) J'ai remporté deux médailles d'or lors des championnats d'Afrique en 2002, à Tunis. Non seulement j'ai remporté des médailles mais j'avais aussi amélioré le record du Tchad. Le président de la république a alors envoyé l'avion présidentiel pour me ramener de Tunis au Tchad. C'est à mon retour que la population m'a surnommée « La Gazelle Nationale ».

Jeux francophones de l'Alberta 2010 - Photo: Afrikamerik

Afrikamerik: Vous avez sûrement gagné des titres importants dans votre carrière, lesquels d'entr'eux vous ont-ils marqués ?

Ka: A part les championnats d'Afrique de 2002, j'ai gagné des doubles médailles à trois éditions d'affilées des jeux de la francophonie (Ndlr. 2001 - médaille d'or en 200m et médaille d'argent en 400m. 2005 & 2009 - double médaille d'or en 200m et en 400m). Notez que les jeux de la francophonie se tiennent chaque 4 ans. Généralement, les athlètes ne reviennent pas ou ne remportent pas facilement les titres après chaque édition. Dans mon cas, et surtout comme j'ai eu une fille qui a aujourd'hui 3 ans, tout le monde croyait que j'allais abandonner mais j'ai tenu le coup. Ces performances ont fait que j'ai été nommée ambassadrice itinérante du président de la république du Tchad. Je suis aussi ambassadrice de bonne volonté de PNUD pour le Tchad; ce dernier rôle me permet de représenter le PNUD lors des cérémonies qui visent à éradiquer la pauvreté et certains fléaux comme le sida par exemple. Aujourd'hui encore je suis la porte parole de FSFA. Ces sont des titres qui résultent de mon travail et que je ne peux pas oublier.

Afrikamerik: Comment se déroule une journée de préparation d'une athlète de haut niveau comme vous ?

Ka: Je m'entraîne deux fois par jour, le matin et le soir. Mes entraînements durent deux heures par jour, mais il faut aussi respecter beaucoup de temps de repos.

Afrikamerik: Avez-vous une compétition en vue?

Ka: J'ai plusieurs compétitions en vue. La première est prévue pour la fin de la semaine prochaine à Calgary ; c'est une compétition nationale qui réunit tous les athlètes du Canada. Je suis invitée le 12 juin à Edmonton pour le grand prix d'Edmonton 2010. J'ai une autre compétition le 17 juin 2010 à Vancouver. Mais déjà, d'ici le 30 mai de cette année je dois me rendre en République du Congo pour le compte du meeting international d'athlétisme de Brazzaville – Edition 2010.

Afrikamerik: Vous avez participé cette année au "Meeting international d'athlétisme de Dakar" où vous avez remporté la cinquième place aux 400m et la sixième place aux 200 m. Avez-vous des commentaires à propos des ces performances ?

Ka: Au moment de mes entraînements, il faisait froid à Calgary. Avec le froid et la neige, je ne pouvais pas m'entraîner facilement à l'extérieur. Ensuite, le voyage de Calgary à Dakar était très long. Cette transition de la salle en plein air n'a pas facilité les choses pour moi. S'il faut tenir compte de ces circonstances, je dirais que je suis satisfaite de mes performances.

Afrikamerik: Votre profession demande une certaine rigueur au niveau du style de vie. Quelles sont les restrictions alimentaires que vous devez tout le temps respecter?

Ka: J'essaye d'éviter les produits gras. Je mange beaucoup des légumes et les viandes blanches comme le poulet. J'aime bien le poisson et je varie mon alimentation avec un peu de viande de bœuf. J'essaye aussi de ne pas manger en grande quantité du coup compte tenue de mes entraînements. Je ne fume pas, je ne bois pas d'alcool, je bois beaucoup d'eau et j'évite aussi les boissons gazeuses. En somme, je n'ai pas un plan alimentaire comme tel mais il faut être prudent avec ce qu'on met dans sa bouche.

Afrikamerik: Vous avez actuellement trente trois ans, combien d'années comptez-vous encore courir?

Ka: C'est vraiment une bonne question que vous me posez. Je pense déjà depuis longtemps à arrêter car j'ai maintenant une famille. Ma fille grandit et j'ai aussi mon mari. Tous deux me manquent beaucoup quand je suis en voyage. Comme c'est un talent que Dieu m'a donné, je me dis toujours que je dois gagner chaque fois que je suis sur une piste et je continue à faire tellement des performances que je me demande moi-même quand je dois arrêter. Je ne me vois pas en train de courir après deux ans, je pense prendre ma retraite après les jeux olympiques.

Afrikamerik: Quels sont les atouts que dois avoir une jeune fille sportive pour espérer devenir une championne en athlétisme comme vous?

Kaltouma Nadjina portant un chandail offert par les jeunes francophones de l'Alberta Ka: Je comprends que l'Afrique manque beaucoup de choses pour créer des champions. Il manque des salles de musculation, les pistes sont en mauvais état mais ici en occident toutes les conditions sont réunies pour créer des champions. Je préfère parler aux jeunes filles et aux jeunes garçons en même temps : la confiance en soi est un atout capital. Il faut d'abord croire à ce que tu fais.

Afrikamerik: Comment évaluez-vous le niveau d'athlétisme féminin africain ?

Ka: L'athlétisme féminin regorge pleins des talents mais il se bute aux multiples problèmes. A part les problèmes d'équipement dont j'ai fais mention plus tôt, les jeunes filles en Afrique se butent aux problèmes de tradition. Dans certaines familles par exemple, les jeunes filles ne peuvent pas montrer leurs cuisses en public même si c'est pour le compte de l'athlétisme : ce sont ces genres de tradition qui empêchent parfois certains talents de se développer. Les fédérations aussi, par manque de moyens, ne font pas de suivi régulier des athlètes. Le regroupement se fait seulement à la veille des compétitions.

Afrikamerik: Avez-vous des projets d'avenir?

Ka: J'ai entamé actuellement un projet de construction d'une salle de musculation au Tchad. Je profite de cette occasion pour lancer un appel aux personnes de bonne volonté pour m'aider à terminer ce projet. Il me faut des moyens pour équiper ce centre qui rendra un grand service non seulement aux athlètes tchadiens mais aussi à tous les athlètes de la région. A ma connaissance, il n'y a pas de salle de musculation au Tchad comme celle que je voudrais construire. C'est vraiment un cadeau que je voudrais laisser à ce peuple qui m'a soutenu durant toute ma carrière.

Afrikamerik: Avez-vous un mot de la fin avant de terminer cette entrevue?

Ka: Je ne voudrais pas vous laisser partir sans prendre le temps de remercier tous les jeunes et toutes les personnes qui ont travaillé pour rendre possible cette 17e édition des jeux francophones de l'Alberta. Encore une fois merci beaucoup à Afrikamérik pour le travail combien louable que vous faites.

NDLR : Nous remercions vivement la présidente de la Fédération du sport francophone de l'Alberta (FSFA), Madame Annie Falardeau pour avoir organisé cette entrevue.

Entrevue réalisée par Didier Gangoma

© Tous droit réservés, 2010

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