Antoine Boussombo: Un champion au service de la jeunesse

Antoine Boussombo, un champion au service de la jeunesse."La vie professionnelle d'un athlète demande beaucoup de sacrifices. Quand on parle de sacrifice, il faut comprendre que cela implique beaucoup de choses. Il faut contrôler tout ce que l'on fait, tout ce que l'on mange, tout ce que l'on boit et même tout ce que l'on dit aux gens. Tout excès peut nuire à votre carrière. C'est une vie de discipline, qui a beaucoup de stress mais c'est une vie que j'ai beaucoup aimée".

Ces paroles sont d'Antoine Boussombo, un athlète de renommé d'origine gabonaise. Il est trois fois médaillées aux jeux de la francophonie qui se sont déroulés en 1997. Il a participé à trois reprises à la coupe de monde d'athlétisme en 1995,1997 et 1999 sans oublier deux participations aux jeux olympiques. Il détient encore jusqu'aujourd'hui le record national du Gabon en 100(10.13 secondes) et en 200 m(20.49 secondes).

De passage à Edmonton, Afrikamérik l'a rencontré lors du tournoi de la diversité organisé par l'AJFAS. Il nous a parlé de son trajectoire, de ses occupations actuelles, de son rêve de transmettre ses connaissances aux jeunes et surtout de sa passion pour cette discipline.

Afrikamérik (AK): Bonjour Antoine. Je suis heureux de vous rencontrer aujourd'hui à Edmonton. Voulez vous nous parler brièvement des toutes les médailles que vous avez remportées dans votre carrière?

Antoine Boussombo (AB):J'ai fait à peu près 15 ans de carrière en athlétisme dont 4 années de vie professionnelle. Je ne peux pas vous dire vraiment tout ce que j'ai gagné parce que je n'ai pas toutes ces données en tête. Tout ce que je peux dire est que la vie d'un athlète a beaucoup de stress mais c'est une vie que j'ai beaucoup aimé; une vie très intéressante. Je suis très fière de moi-même d'avoir accompli cette carrière.

AK: Que se passe t –il dans la tête d'un athlète en position de départ, prêt à courir et qui n'attend que le coup d'envoi?

AB: Quand on est prêt à courir, la tête d'un athlète est complètement vide. L'athlète ne pense qu'à son départ. Il y a comme une connexion entre son cerveau et le coup de revolver. Un athlète de haut niveau se prépare d'ailleurs en conséquence pendant ses entraînements pour arriver à ce niveau de concentration. Vous avez moins de temps de réflexion par exemple quand c'est une course de 100m: on ne réfléchit pas, on va. (Rires)

AK: Parlez nous du début de votre carrière? Comment êtes vous devenu un athlète professionnel?

AB: C'est vraiment d'une manière un peu bizarre que je suis devenu athlète. C'est vers les années 1990 quand je terminais mon école secondaire que j'ai été détecté par l'entraineur national du Gabon de l'époque. C'est lors d'une compétition scolaire, qu'il m'a dit: "Je pense que tu pourras faire une grande carrière en athlétisme". A l'époque, je ne comprenais pas vraiment ce qu'il voulait dire. Comme je me suis engagé à un âge un peu avancé, j'ai dû travailler dur pour y arriver et je remercie ce monsieur d'avoir cru en moi. Quand je me suis engagé plus tard dans les compétitions internationales, je me suis vraiment sacrifié comme il le faut.

AK: Parlez nous en peu des mots la façon dont se passe une préparation à une compétition de haut niveau?

AB: Ce genre de préparation nécessite beaucoup de sacrifices. Quand on parle des sacrifices, le commun des mortels pense généralement à l'argent ; ce qui n'est pas toujours le cas. Le grand sacrifice, c'est laisser sa famille et ses amis pour aller s'entraîner. Il faut se réserver d'aller dans les boîtes de nuits. Il faut dormir à temps et se réveiller à temps aussi. Il faut surveiller son alimentation, pas de consommation de l'alcool, pas de cigarette et même surveillez son langage vis-à-vis des gens parce que tout excès quelque part peut nuire à ta carrière. C'est une vie qui demande beaucoup de discipline, une vie difficile. C'est une vie qui procure beaucoup de leçons si vraiment vous l'aimez.

AK: Décrivez nous le sentiment que l'on ressent après avoir remporté une première médaille internationale.

Remporter une première médaille à une compétition internationale ramène toujours beaucoup d'émotion. Une première médaille vous fait penser tout à coup à tous les sacrifices fournis depuis le commencement de votre carrière; c'est un sentiment indescriptible. Je ne suis pas une personne très sensible mais facilement on verse les larmes de joie en ce moment.

Antoine Boussombo

AB: Quand j'ai remporté mes trois médailles de bronze en 1997, le retour au pays était très médiatisé. Je suis quand même le seul gabonais qui a réussit ce parcours, c'est ainsi que le président de la république de l'époque m'avait donné une récompense de 12.000 dollars américains.

AK: Vous détenez encore jusqu'aujourd'hui le record national du Gabon en 100 et en 200 m. Que ce que cela représente pour vous de garder ce record depuis plus de 10 ans maintenant?

AB: C'est vrai que ce sont des repères de ma carrière mais tout ce que j'ai fait est aujourd'hui révolu. Quand j'enseigne les jeunes qui sont sous ma supervision, je les pousse à dépasser tout ce que j'ai réalisé. La technologie et les techniques de course ont beaucoup évolués depuis lors, les jeunes aujourd'hui ont beaucoup plus d'atouts pour y arriver. Je veux qu'ils fassent plus, plus que ce que j'ai réalisé. Mon rôle justement en tant qu'entraineur est de détecter ces jeunes talents et surtout de les pousser à faire des progrès dans leurs carrières.

AK: Cela m'amène à vous demander ce que vous faites actuellement dans la vie?

AB: J'ai réorganisé ma vie autrement depuis que je suis installé en Alberta, au Canada. Je ne suis plus dans cette sphère des compétitions comme je le faisais autrefois. J'ai dû retourner aux études pour faire mon diplôme d'enseignant à l'université et je suis pour l'instant à ma deuxième année comme enseignant. J'exerce ma carrière d'enseignant dans le système francophone ici en Alberta. Je suis membre du conseil d'administration de la Fédération de Sport Francophone de l'Alberta (FSFA) où je fournis mon expertise sur tout ce que je connais sur le sport. Enfin, je suis entraîneur assistant à l'université de l'Alberta. Voilà en gros ce que je fais.

AK: Quelle est exactement votre contribution auprès des jeunes?

AB: Si je suis arrivé à faire tout ce que j'ai réalisé dans ma carrière, c'est parce que j'ai eu des gens qui m'ont suivis. es gens m'ont donné toutes sortes des moyens: psychologique, financier, moral, etc… C'est maintenant à mon tour de rendre cette aide aux jeunes, à tous les jeunes sans distinction. Je profite justement de cette occasion qu'Afrikamérik me donne pour attirer l'attention des jeunes immigrants, surtout ceux qui viennent de l'Afrique. J'aimerais vraiment les aider à courir sur les pistes au lieu qu'ils se retrouvent dans les rues à ne rien faire comme des délinquants. Une ou deux années d'entrainement seulement constituent déjà beaucoup dans leurs vies. Mon souci majeur est de voir ces jeunes de la diversité s'intégrer dans cette société canadienne, de profiter de tous les outils de la vie que cette société nous offre. Avec toute l'expérience que j'ai acquise dans ce domaine du sport, je peux les aider à atteindre ces objectifs. Le sport est aussi un bon moyen d'intégration dans la société.

AK: Y a-t-il un élément essentiel pour devenir un athlète de haut niveau?

AB: Je ne voudrais pas décourager qui que ce soit mais il y a un atout, un élément essentiel pour devenir un athlète de compétition. Il y a des gens qui naissent comme "sprinteurs". On ne peut pas se réveiller un bon matin et dire qu'on veut devenir un champion. On naît avec ces qualités puis ensuite il faut travailler pour atteindre ces objectifs. Comme je l'ai dit avant, mon rôle d'entraîneur justement est de déceler ces qualités auprès des jeunes et de les aider.

AK: Après tout ce que vous avez fait dans votre carrière, quel est votre commentaire sur l'athlétisme africain actuel?

AB: Il y a beaucoup à dire sur athlétisme africain. Si vous faites bien attention, vous constaterez que les meilleurs athlètes américains et même européens sont dans la plupart de cas d'origine africaine. Je suis un peu contre tout ce qui s'est passé il y a des siècles quand on a enlevé nos forces pour les amener ailleurs mais ce sont aussi les conditions sur place en Afrique qui ne permettent pas le développement du sport. La grande responsabilité incombe aujourd'hui aux dirigeants africains. Ils doivent comprendre l'importance de l'athlétisme et du sport en général. Ils doivent aider les jeunes à utiliser leur potentiel, leurs talents qui existent réellement sur place. Le sport africain nécessite beaucoup des moyens, un bon encadrement et surtout des infrastructures.

AK: Avez-vous un dernier message avant de se quitter

AB: Je recommande à tous les lecteurs de lire souvent Afrikamérik car il y a beaucoup à découvrir. Nous aimerions surtout savoir les avis de tous ceux qui sont en dehors du continent pour nous dire comment ils perçoivent la vie des africains francophones ici en Amérique. N'hésitez surtout pas à nous envoyer vos commentaires à travers le site.

AK: C'est Afrikamérik qui vous remercie pour votre disponibilité et vous souhaite bonne chance dans votre nouvelle carrière.

Article réalisé par Didier Gangoma

© Tous droits réservés 2010

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