ALPHADI : un génie de la mode, le prince du désert.

AlphadiLa valeur de son talent et de sa créativité ont aujourd'hui dépassé les frontières de son Niger natal et de son continent d'origine. Alphadi est un créateur de mode hors pair qui a su mettre à profit toute sa personnalité et son expérience au service de la mode africaine. Cet artiste de renommée internationale est aussi un voyageur qui sillonne le monde pour prêcher la parole d'une Afrique positive. Il a été décoré par les grands présidents de ce monde. Il a une vitrine remplie de trophées. Il a été plusieurs fois sélectionné comme membre du jury de grands concours. Malgré tous ces déplacements à travers le monde, Alphadi est toujours resté fidèle à une vision, un regard vers le développement de la mode et de la créativité artistique en Afrique.

Alphadi a accepté de nous parler dès sa descente de l'avion à l'aéroport de Montréal. Grâce à la magie de la technologie, ce géant de la mode a été joint au téléphone pour le plaisir des lecteurs d'Afrikamerik…

Afrikamerik : Bonjour Alphadi et bienvenu au Canada. Quelle est la raison de votre visite à Montréal?

Je suis venu participer à la première édition des journées du Niger au Canada qui se déroulent ici à Montréal entre le 30 et 31 juillet 2011. J'en profite pour féliciter le Regroupement des Nigériens au Canada (RNC) pour le travail qui se fait ici sur place. Mes remerciements vont aussi tout droit au président de ce regroupement, Amadou, ainsi qu'à toute son équipe pour cette belle initiative.

Quand on parle de la mode africaine, il y a toujours deux images qui frappent et qui s'opposent. On voit d'un côté, l'image d'un continent pauvre, ravagé par les guerres, les maladies et les famines et de l'autre coté, une richesse énorme au niveau de la créativité et de la mode. Selon vous, comment la mode africaine peut- elle contribuer au développent du continent africain?

Je crois que la mode est l'une des ressources qui peut aider l'Afrique pour son développement réel. Malheureusement, la mode a été oubliée. L'Afrique n'a pas été formée. Il n'y a pas eu d'écoles de la mode, ni de professionnels du métier. Il y a aujourd'hui quelques pays seulement comme la Tunisie, le Maroc et l'Égypte qui ont mis l'accent dans ce domaine. Bien qu'on remarque des petits progrès dans d'autres pays, il reste certainement beaucoup à faire. Les pays africains et surtout ses dirigeants n'ont malheureusement pas compris l'intérêt de la mode, c'est pourquoi les mémoires grises ont quitté le continent. Nous créateurs de la mode n'avons pas été respectés, ni aimés non plus. Les grands créateurs noirs sont aujourd'hui partout dans le monde. On les voit à Paris, à New York, au Japon et même en Chine. L'Afrique a des problèmes de ce côté là parce que les créateurs n'ont pas l'écoute de politiciens africains et de grands financiers, mais je reste quand même optimiste car les choses sont en train de changer. De par la créativité, nous allons donner une chance au développement et faire partir la misère. C'est la raison pour laquelle je suis d'ailleurs en train de créer une grande école de mode au Niger dont l'ouverture va avoir lieu cette année.

: Vous êtes depuis longtemps impliqué dans la haute couture mais qu'est ce qui vous a attiré vers la mode?

Les raisons qui m'ont amené vers la mode sont nombreuses. J'avais remarqué un manque de créativité et de dimension culturelle au niveau du continent africain. Nous étions toujours obliger d'acheter tout c'est qui est beau en occident, en Chine ou en Inde. C'est qui m'a amené dans la mode, c'est aussi le goût de valoriser les créateurs africains, leurs tissus et leurs cultures. Je suis un petit peu un précurseur dans ce que j'ai fait. Je voulais démontrer que l'Afrique a sa propre mode. Un de mes objectifs était aussi d'industrialiser et de mettre cette mode africaine au vu du jour.

Alphadi

Vous avez organisé en 1998 la première édition du Festival International de la mode africaine en plein désert de Tiguidit, au Niger. Ce festival a connu la participation des grands noms de la haute couture internationale tels que Yves Saint Laurent, Kenzo, Jean Paul Gauthier et Paco Rabanne. Quel a été le but poursuivi par ce festival?

Le but poursuivi était d'abord d'arrêter une rébellion qui faisait rage au nord du Niger. Je voulais donner la chance au tourisme dans mon pays. L'autre but était de montrer que la création des africains est valable au même titre que la création des européens; raison pour laquelle ce festival s'est déroulé au désert car pour moi c'est comme un terrain neutre. Il faut comprendre que les industriels de la mode, les financiers et les hommes politiques n'investissent pas dans la création des africains. C'est ainsi que j'ai invité beaucoup d'hommes politiques africains y compris des présidents comme par exemple Idriss Deby du Tchad, Yayah Jammeh de la Gambie et Ibrahim Baré Mainassara du Niger. D'autres personnalités du monde politique international ont aussi rehaussé l'événement de leur présence comme par exemple le maire de Washington DC, le maire de Houston. Je voulais vraiment faire passer un message : il était grand temps de commencer à mettre de l'argent sur cette créativité, cette richesse africaine.

Alphadi's work: Je peux maintenant imaginer pourquoi on vous appelle "le Prince du désert", mais d'où provient ce surnom?

Mes parents sont d'origine princière. Mon père est originaire du Mali et ma mère est nigérienne. Je suis né à Tombouctou, qui est aussi dans un désert. Je suis un des premières personnes à organiser un grand défilé de mode au désert et mes parents sont réellement des princes, voilà pourquoi on m'a surnommé "Le Prince du désert".

: Votre biographie est très éloquente et parle d'elle même. Je crois qu'il n'est pas nécessaire d'énumérer tous les prix que vous avez gagné dans votre carrière tellement qu'il y en a beaucoup et pas des moindres. Selon vous, quel est le prix qui vous a le plus marqué et pourquoi?

C'est vrai ce que vous avez dit. J'ai reçu beaucoup de prix dans ma carrière. J'ai été décoré par le président français Jacques Chirac en 2001 et même par le président Bill Clinton mais le prix qui m'a le plus marqué est celui que mon pays m'a donné l'année passée. Mon président m'a décoré au titre de "Commandeur de mérite". Ce prix m'a beaucoup ému car j'ai été finalement été reconnu par les miens, par mon peuple. Tous les prix que j'ai reçus par le passé venaient de l'extérieur. Bien que ce soient des prix impressionnants et importants, celui que j'ai reçu au Niger me marquera toute ma vie.

: La plupart d'artistes s'inspirent du vécu quotidien, de leur environnement, de la nature. Quelle est votre source d'inspiration ?

Mon inspiration provient de mes origines, de mon peuple. Mon inspiration vient aussi des autres pays africains, de ce que je suis moi-même; un métis. Je voyage beaucoup entre l'Afrique et l'Europe, je suis donc obligé de prendre parfois ce que font les européens pour être un peu à niveau mais mon inspiration reste majoritairement africaine et de mes origines.

: On dit que vous êtes un voyageur qui sillonne le monde pour prêcher la parole d'une Afrique positive. Qu'est ce que la mode africaine peut apporter à l'Occident?

Je suis arrivé de New York avant-hier. Je suis allé à une conférence de presse au Niger puis j'ai pris l'avion hier pour venir à Montréal. Voilà, je ne m'arrête pas. Je voyage beaucoup avec les bonnes paroles pour le continent africain, pour montrer aussi que l'Afrique est capable. Les africains doivent pour cela s'aimer, s'appuyer pour montrer la dimension réelle de l'Afrique. La mode africaine a déjà apporté beaucoup à l'occident : des copies, des formes, l'inspiration et même des clients. Toute la mode occidentale est acheté par les africains. L'occident s'est inspiré de nos bijoux, de nos motifs, de nos tissus et de nos mannequins. Aujourd'hui, il est temps que les africains s'inspirent eux même par leur mode et qu'ils puissent gagner de l'argent par leur travail.

: Vous avez été décoré en l'an 2000 lors du septième gala de "African ambassador's spousses" à Washington pour votre action contre le sida en Afrique. Vous avez aussi été nommé en 2002, Ambassadeur contre la lutte contre la drépanocytose en Afrique. Quelles sont les actions que vous avez menées depuis lors en faveur de la lutte contre ces deux maladies?

Le coté humanitaire m'intéresse énormément. Je lutte toujours pour l'enfant et la femme. J'ai déjà une association qui existe depuis 16 ans mais maintenant je vais créer ma propre fondation. Cette fondation va pouvoir donner plus de chance à la femme, à l'enfant et à la formation intellectuelle parce qu'on dit toujours que l'ignorance tue. La dimension sociale de ce que je fais est très importante. Concernant ces deux maladies, j'ai mené beaucoup d'actions sur le terrain. J'ai fait beaucoup de campagnes contre le sida et la drépanocytose. J'ai partagé des préservatifs au Niger. J'ai été impliqué dans la prise en charge de la drépanocytose dans plusieurs pays africains. La drépanocytose est une maladie qui malheureusement n'est pas très reconnue. Je suis conscient des problèmes découlant de ces maladies, c'est ainsi que je suis très proche des malades. J'ai participé à des collectes de fonds dont l'argent a servi aux malades. J'ai participé à des grands congrès pour conscientiser le public. Beaucoup a été fait mais il faut toujours continuer de travailler.

Alphadi: Un commentaire sur l'avenir de la mode africaine?

Que la mode africaine évolue. Que l'on donne la chance à la mode africaine de grandir. Que la mode africaine ait une reconnaissance mondiale. Qu'aujourd'hui, les européens, les américains, les canadiens puissent porter les habits africains. La mode africaine n'est pas seulement dans les couleurs, c'est aussi dans le savoir, dans la bijouterie, les cosmétiques, les parfums. Je travaille aussi dans ces domaines. Je crois qu'avec toute cette richesse, la mode africaine va pouvoir s'expatrier. Que les grands pays comme le Canada et les Etats Unis puissent permettent à ces créateurs de pouvoir vendre facilement leurs produits. L'Afrique n'a besoin que d'être reconnue et d'avoir des partenaires au développement, des formateurs des grandes écoles. C'est surtout ça que l'Afrique attend aujourd'hui et que ses présidents le comprennent. Les présidents africains investissent beaucoup dans l'agriculture et l'élevage, je le comprends très bien mais la mode peut aussi rapporter beaucoup à l'Afrique. C'est le combat que je mène depuis des années. Je remercie Afrikamerik pour cette ouverture de l'Afrique vers l'Amérique.

: Afrikamerik vous remercie énormément pour votre disponibilité. Vous nous avez accordé cette entrevue dans des conditions assez exceptionnelles et malgré votre emploi du temps assez chargé. Bon séjour au Canada.

Quelques clips vidéo sur Alphadi :

http://www.youtube.com/watch?v=sqLqJVeGIgE&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=AQZWsUjzUMU

Un lien sur Alpadi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alphadi

NDRL : Afriakmerik remercie toutes les personnes qui ont permis la réalisation de cette entrevue. Malgré notre distance et l'emploi du temps très chargé d'Alphadi, ces personnes ont réussi à faire intervenir Afrikamerik dans le programme du RNC. Nos remerciements vont principalement à Amadou, le président du RNC et à Sylvie M. Guiguemdé, présidente et fondatrice de Fleur d'Orchidée.

Article réalisé par Didier Gangoma

© Tous droits réservés 2011

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