Clara Lawson-Ames, la sirène du Sahel

De Minnesota à Montréal, Clara Lawson-Ames a fait ce voyage au début du mois de Novembre 2011 pour venir montrer sa dernière collection et appuyer l'organisation de la première édition de l'élection Miss Burkina Canada 2011; un événement organisé par L'Agence Evenementielle Fleur d'Orchidée de Sylvie M.Guiguemdé. Afrikamerik a pu joindre la créatrice de mode par téléphone pour pouvoir réaliser cette entrevue. Avec une bonne humeur et un peu d'humour, cette grande dame de la mode africaine s'est prêtée à nos questions. Son récit est un exemple d'humilité, de courage et de ténacité. C'est un parcours différent que certains diront même à l'envers mais avec des résultats positifs.

Je n'étais pas du tout prédestinée à la couture. J'étais une fille rebelle et je suis toujours restée rebelle, nous-a-t-elle confié.

Sans trop de commentaires, nous vous invitons à lire cette entrevue.

Afrikamerik (AK): Bonjour Clara. Vous êtes née au Togo mais vous avez grandi au Burkina-Faso et vous avez finalement terminé vos études universitaires en France en gestion et marketing. Avec le recul, pensez vous aujourd'hui que vous étiez prédestinée à une carrière de designer?

Design by Clara Lawson-Ames - Chicago Fashion Photography par Mike White - www.mikewhitephoto.comClara Lawson-Ames (CLA): J'ai grandi comme n'importe quelle jeune fille africaine mais j'aimais beaucoup entreprendre et être indépendante. J'ai compris très tôt que je faisais partie d'une famille où les devoirs étaient plus que les droits. Comme je ne voulais pas que le chemin tracé par mes parents soit un handicap pour mon avenir, j'ai pris ma destinée en mains et j'ai pu tracer ma propre voie. Je n'étais pas du tout prédestinée à la couture, quoi que ma grand-mère soit l'inspiratrice de ce que je fais aujourd'hui. Ma mère étant une enseignante, elle n'envisageait pas sa fille (que j'étais) fasse une carrière en couture, pas du tout. J'étais une fille rebelle et je suis toujours restée rebelle (rires).

AK: Vous étiez vraiment une fille rebelle comme vous venez de le dire car en 1989, vous avez quitté un poste de direction dans une compagnie aérienne pour vous consacrer à la couture, la haute couture aujourd'hui. La transition a-t-elle été facile?

CLA: La transition n'était pas facile bien que j'étais en âge de prendre une décision pour ma vie. En hommage à ma grand-mère qui était décédée et qui m'avait transmis cette passion, j'ai décidé de retourner à la couture sans la bénédiction de ma mère. Elle estimait qu'elle n'avait pas payé mes études pour rien. Vous n'êtes pas sans ignorer que lorsque vous voulez embrasser les métiers du genre coiffeur, couturier et autres, cela est mal vu en Afrique. On croit que la personne n'a pas réussie à l'école; raison pour laquelle elle choisit ce genre de métier, un métier de reste. Alors, c'est un peu pour rendre hommage et justice à ce genre des personnes aussi que je suis revenue à la couture.

AK: Apparemment cela vous a réussi parce déjà vers les années 90, vous étiez invitée à présenter votre collection lors d'un sommet des chefs d'État de l'Afrique australe. Au mois de Novembre 2000, vous avez gagnez le prix diamant de la mode africaine au festival "Kora Awards" organisé à Sun city en Afrique du sud. Ce trophée africain ressemble un peu aux Oscars du cinéma aux États Unis. En 2008, vous avez gagné aussi le prix "Biz Africa Award" octroyé par l'organisation TheWorld Confédération of Business. Quel a été l'impact de tous ces prix dans votre carrière?

CLA: Ces prix ont apportés un plus dans ma carrière. J'étais quand même jeune quand j'ai gagné le prix diamant de la mode africaine en Afrique du sud. Beaucoup de gens ne me donnaient pas une seule chance. Je venais d'arriver dans un monde que je connaissais très peu et qui est dur. Il faut vraiment dire que ce prix a constitué un défi pour moi. Je me suis dit à partir de ce moment là que je ne devrais pas me faire oublier, que je devrais me battre pour aller très loin. J'ai décidé de faire de la mode un bon moyen de communication et montrer aussi un bon visage de l'Afrique. Je peux vous dire aujourd'hui que ces résolutions m'ont beaucoup aidé dans ma carrière.

Design by Clara Lawson-Ames - Chicago Fashion Photography par Mike White - www.mikewhitephoto.comAK: Vous avez déclaré quelque part que vous avez choisi de vous installer à Washington pour montrer le visage de l'Afrique positive au monde. Avez-vous l'impression que votre message est entrain de passer?

CLA: Mais tout à fait! La preuve est que je suis à Montréal aujourd'hui (rires). Si ce n'était pas le cas, je ne pense pas que je serais entrain de passer cette entrevue avec vous (rires). Je crois que le message est entrain de passer. Bien que je suis une métisse, je me considère d'abord comme une africaine. Être appelé africain est parfois lourd à porter. C'est un cliché difficile parce que quand on parle de l'Afrique, on voit seulement le coté négatif : les guerres, les maladies honteuses, la famine, etc. mais on ne montre pas l'autre coté positif de l'Afrique que vous et moi connaissons. Voyez-vous, Il y a pas que le coté obscur de l'Afrique qu'il faut voire. Cette Afrique que nous connaissons aujourd'hui a aussi autre chose à partager avec le reste du monde: des richesses énormes, des talents intarissables et des héritages à découvrir.

AK: D'où provient le surnom de la Sirène du Sahel?

CLA : Tout le monde sait qu'il n'y a pas de sirène dans le désert du Sahel (rires). Si une sirène devrait exister, elle serait aquatique et non dans un désert (rires). J'ai choisi ce nom pour montrer la beauté de la femme sahélienne qui est féline, sauvage, indigène et authentique. J'ai donc associé cette beauté à une sirène et au désert du Sahel qui en fait est le milieu naturel de cette femme. Il faut souligner aussi que plusieurs femmes travaillent avec moi, des femmes que j'appelle mes fidèles. Ces femmes font des choses extraordinaires tout en utilisant notre ressource principale qui est le Faso dan fani (Ndlr=un pagne de coton tissé au Burkina-Faso). J'ai donc nommé mon concept Sirène du Sahel pour rendre hommage à ces femmes et attirer l'attention du public sur tout ce travail qui est fait à la base.

AK: Et d'où provient votre inspiration?

CLA : Mon inspiration provient des gens comme vous. Mon inspiration provient des gens qui me soutiennent, qui m'apportent directement ou indirectement leur bénédiction. Mon objectif n'est pas seulement d'habiller les femmes africaines ou les femmes noires mais plutôt toutes les femmes du monde entier en leur faisant aimer l'Afrique à travers mes créations et mes collections.

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AK: A mon avis, vous avez beaucoup de choses à apprendre au public et surtout à la jeunesse montante. Avez-vous déjà pensé à publier un livre où vous pourriez justement exprimer vos opinions?

CLA : Il y a un livre qui est entrain de faire son petit chemin. Le livre sera publié dans peu de temps. C'est sera une surprise (rires). Sauf changement de dernière minute, le livre s'appellera le pouvoir de l'amour.

AK: Quels conseils donneriez-vous aux jeunes créateurs de mode? Ce métier n'est pas facile, surtout en Afrique.

CLA : Ce métier n'est pas facile partout, pas seulement en Afrique. C'est un métier qui demande beaucoup d'énergie. Il faut avoir la foi, la persévérance et le sérieux dans ce travail. Il faut croire et avoir la passion pour pouvoir y arriver. Regarder un peu tout ce monde qui entoure un designer, il faut aussi arriver aussi à le coordonner intelligemment.

Design by Clara Lawson-Ames - Chicago Fashion Photography par Mike White - www.mikewhitephoto.comAK: Avez-vous des projets à court et à long terme?

CLA: J'ai beaucoup de projets en ce moment. J'ai déjà beaucoup des défilés de mode programmés dans mon calendrier jusqu'en 2012. En plus de ce que je fais déjà, je suis la Présidente Fondatrice de l'Association pour le soutien au développement de l'art vestimentaire et des textiles de l'Afrique; ce sont des choses à gérer.

AK : Avez-vous un dernier message à tous les lecteurs d'Afrikamerik avant de nous quitter?

CLA: je vous informe que l'Association des femmes professionnelles des États-Unis m'a donné un prix dernièrement: j'ai été élue Femme de l'année. Je tenais vraiment à partager cette nouvelle avec vos lecteurs. Je suis très heureuse d'être invitée à l'élection Miss Burkinabé - Canada 2011. J'espère que la première édition restera dans les mémoires du public. Je remercie chacun d'entre vous pour votre contribution quant à la réussite de cet évènement. J'espère vous rencontrer à la deuxième édition. Encore une fois, mes salutations à toute l'équipe de votre site web magazine et à tous vos lecteurs.

AF: Afrikamerik vous remercie et vous souhaite aussi un bon séjour au Canada.

Quelques liens sur Clara Lawson-Ames :

Aclaradesign.com

tv5mondeplusafrique.com

rfi.fr

Youtube.com

Crédits photos: Mike White Photography (Chicago, IL) et Mc Arthur Newell of Newell of Boldlifestyle Photography (Washington, DC)

Article réalisé par Didier Gangoma

© Tous droits réservés 2011

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