Nina Lefebvre: un coup de cœur pour les enfants de Yembeul Nord du Sénégal.

Nina Lefebvre"Je n'avais pas d'itinéraire précis et Je n'achetais seulement que des billets aller-simple, pas de billet retour. Je n'avais même pas une planification sur ce que j'allais faire une fois rendue à destination. Je suis arrivée dans une salle de classe où les enfants étaient sous surveillance d'un jeune garçon; leur professeure était atteinte de malaria et n'était donc pas disponible pour quelques jours. Je suis donc restée dans ce petit village du Sénégal pour aider ces enfants." Ces propos sont de Nina Lefebvre, une franco-canadienne qui habite à Canmore au Canada. Elle est partie en voyage pour faire le tour du monde avec comme destination finale l'Afrique. Elle a passée un séjour de près d'un mois dans un petit village du Sénégal où il n'y a pas de touristes, plein des cas de malnutrition dus aux inondations fréquentes et surtout des cas fréquents de malaria dus justement à ces inondations . Déjà, elle se prépare à y retourner.

Mais pourquoi y retourne t-elle? Que s'est–il donc passé à Yembeul Nord?

Ce sont là les questions auxquelles Nina a eu à répondre tout au long de cette entrevue. Cette histoire est très riche en enseignement et pleine de leçons d'amour. Si nous en savons plus sur ses débuts, la suite est une aventure qui ne fait que commencer.

Afrikamerik (AK): Bonjour Nina. Voulez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous dire ce que vous faites dans la vie?

Nina: Je m'appelle Nina Lefebvre. Mon père est canadien et ma mère est française. Venant de la France, je suis arrivée à Canmore (Canada - Alberta), il y a quatre ans. Depuis lors, je me suis beaucoup engagée dans la communauté francophone en rejoignant d'abord le Cercle local de Canmore, ensuite comme éducatrice à la pré-maternelle, puis en travaillant au sein de l'Association Canadienne-Française de l'Alberta (ACFA) comme Coordonnatrice scolaire communautaire, puis enfin en tant qu'aide-élève à l'école Notre-Dame-des-Monts.

Après quatre ans de travail, j'ai tout arrêté et décidé de partir en voyage pendant une année. Mon but était de faire le tour du monde (Rires). J'ai visité le Chili, la Chine, la France, l'Espagne, la Suisse, le Maroc, le Sahara en terminant par le Sénégal parce que l'Afrique est le continent qui m'attirait le plus. Je n'avais pas d'itinéraire précis durant mes voyages. J'achetais seulement des billets aller-simple, pas de billet retour. Je n'avais même pas une planification en avance sur ce que j'allais faire une fois rendue à destination. Je voyageais seule et parfois avec des amis qui me rejoignaient.

Nina Lefebvre

AK: Quelle fut l'intention, le mobile de ces voyages?

Nina: Ça fait rire tout le monde, mais j'ai comme principe dans la vie de gagner de l'argent pas pour le garder mais pour le dépenser ; que ce soit pour une maison qui vous permet d'y vivre ou une voiture qui vous sert à aller travailler. Après avoir économisé de l'argent pendant quatre ans, j'avais donc décidé de le dépenser par ce long voyage tout en me disant que j'aurai une autre bonne raison de travailler à mon retour.

AK: Selon votre récit, votre voyage s'est terminé au Sénégal?

Nina: Oui, le voyage physique s'est terminé au Sénégal. Actuellement, J'ai une présence corporelle au Canada mais mon esprit est toujours ailleurs.

AK: Nous croyons comprendre qu'un événement s'est passé au Sénégal. Expliquez-nous cela en peu de mots.

Nina: Durant tous mes voyages, je prenais toujours contact avec les habitants des communautés locales pour être hébergée dans leurs familles. Quand je suis arrivée à Pikine, une région située à quinze km de Dakar, un professeur d'école m'a accueillie. Il faut dire que nous avions discuté préalablement de mon voyage sur internet où je lui disais que je resterais sur place pendant deux ou trois jours.

AK: Et comment s'est passé la suite, parlez nous de vos premiers moments dès votre arrivée à Dakar?

Nina: Je n'ai vraiment pas eu de période de transition. Dès mon arrivée à l'aéroport, cette personne que je ne connaissais pas est venue me chercher puis m'a directement amenée dans ce petit village. J'ai juste eu le temps de déposer mon gros sac que je traînais avec moi depuis 6 mois avant d'aller visiter l'école du village où il enseignait. Ensemble avec Michel, nous avons fait le tour des classes (Ndrl: Michel est un enseignant de Yombeul qui était en contact avec Nina sur internet avant son arrivée à Yembeuil Nord).

Nina Lefebvre et un enfant de Yombeul Nord du Sénégal

Je vous rappelle que j'avais quitté mon poste d'éducatrice à la pré-maternelle au Canada avant de partir et cela faisait longtemps que je n'avais pas vu des petits enfants. Je suis arrivée dans une salle de classe où les enfants étaient sous surveillance d'un jeune garçon ; leur professeure était atteinte de malaria et n'était donc pas disponible pour quelques jours.

Mon travail s'est donc réalisé avec ces 50 enfants âgés de 3 à 7 ans qui parlaient peu le français, mais plus le wolof. Je suis donc resté dans cette salle de classe pendant toute la journée pour les aider et suis revenue le lendemain et le surlendemain. Par la suite, le directeur de l'école m'a demandé de lui faire part de mon expérience au Canada et d'en faire profiter les enfants. Je suis donc restée dans ce village pour aider les enfants pendant un peu plus d'un mois.

Je vivais donc dans un petit village appelé Yembeul Nord où il n'y a pas du tout de touristes mais de la malnutrition depuis peu à cause des inondations fréquentes et des cas assez fréquents de malaria dû justement à cause des ces inondations. Ce fut donc une incroyable aventure qui commençait pour moi dès mon arrivée en Afrique.

AK: Les classes dont il est question offraient quel niveau d'étude?

Nina: Il y avait à peu près 5 classes : les maternelles avec des enfants de 2 à 6 ou 7 ans dans la même classe et les premières années où il y avait environ 45-50 élèves par classe.

AK: Qu'est-ce que cette expérience vous a-t-elle apportée personnellement?

Nina: J'étais un professeur qui apprenait beaucoup plus que ce que j'essayais de leur apprendre. Je vous cite juste un exemple: j'ai appris que le langage n'est pas le seul moyen pour communiquer. Il y a bien d'autres moyens ou des manières plus douces de communiquer que les enfants n'ont peut être pas l'habitude de côtoyer dans leurs familles nombreuses.

AK: En tant qu'éducatrice, quelles sont les comparaisons que vous pouvez faire entre cette expérience au Sénégal et l'éducation au Canada?

Nina: Je n'aime pas du tout faire des comparaisons. Comme je le disais souvent au directeur de l'école, je n'aime pas venir avec des idées préconçues; des idées du genre c'est comme ça que ça doit marcher parce que ça marche comme ça chez nous! Il y a tellement de choses qui sont différentes tant au niveau familial, dans les racines, les traditions, la situation économique et politique du village. J'apprenais donc beaucoup plus d'eux. Je leur offrais juste ma présence et copiais à ma manière les techniques des professeurs qui étaient sur place. Je ne voulais pas que ce soit l'inverse.

L'école Notre Dame Des Monts

AK: Après le Sénégal, vous êtes certainement revenue au Canada avec un pincement au coeur?

Nina: Oui. Mais je savais aussi que pour que ce pincement puisse disparaitre ou s'atténuer, il fallait que je me trouve un projet qui me garde connecté à ce voyage. Je suis revenue au Canada en mai 2010 et je me suis donné comme mission de faire des présentations dans les écoles avant que l'année scolaire ne se termine en juin 2010. J'ai pris du temps pour faire un DVD en recueillant toutes les photos, vidéos et enregistrements vocaux que j'avais fait au Sénégal. J'y ai expliqué mon voyage et les conditions de vie des gens de là-bas, surtout aux jeunes élèves d'ici. J'ai fait des présentations à l'école francophone de Canmore, aux camps d'été organisés par la ville de Canmore. J'ai parlé de mon projet dans les journaux locaux et la radio CBC radio canada. En échange avec le DVD, mon public me faisait des dons. Je ne veux pas des dons matériels parce que cela nécessitent encore des frais supplémentaires pour les acheminer et ne favorisent pas l'économie locale dans ce village. je crois qu'il est préférable d'aider les communautés locales en achetant les mêmes outils directement sur place.

AK: Si je comprends bien, c'est un autre voyage au Sénégal qui est en préparation?

Nina: Effectivement. Je repars le 17 décembre 2010. Mes parents ont vite compris qu'avec cette piqûre des voyages, mes prochaines destinations ne seront pas forcément vers la France pour les visiter! J'ai eu la bonne surprise qu'ils me disent qu'ils viendront avec moi en Afrique pour deux semaines. J'ai dis un grand merci à mes parents.

Nina Lefebvre et un enfant de Yombeul Nord du Sénégal

AK: Comment avez-vous baptisé votre projet?

Nina: Comme je vous l'ai dit, tout ce que j'ai fait s'est réalisé assez rapidement depuis mon retour. Le DVD, les présentations perses et en plus mon travail, donc gagner de l'argent pour pouvoir retourner au Sénégal. C'est ainsi que pour l'instant ce projet demeure juste Nina Projet Sénégal. Par contre à mon retour, je ne vais pas m'associer avec la fondation Connecting School Around The World, mais plutôt je créerais un partenariat avec ma fondation Connecting school / Connecting heart qui est ma propre philosophie. Je pense faire agrandir ce projet à l'échelle internationale.

AK: Qu'attendez-vous de la part des lecteurs d'Afrikamérik.com?

Nina: Je m'attends à ce qu'ils m'aident dans la deuxième partie de mon projet. J'ai fait pas mal de petites collectes de fond à ma propre échelle. Avec cet argent, j'espère construire une ou deux salles de classe dans l'école de Yembeul Nord. Je suis consciente que cela ne résoudra pas vraiment le problème de l'accès à l'éducation pour ces enfants dû aux problèmes financiers des familles. Donc après cette étape, je vais me concentrer sur la recherche de parents pour aider à financer la scolarité d'un enfant dans ce petit village. D'après des contacts que j'ai déjà en Afrique avec des petites organisations (et non les grosses organisations mondiales), ça reviendrait à pas plus de 50$ par année par parent pour permettre à un enfant d'avoir accès à l'éducation. Là, on parle de frais de scolarité, de matériels pédagogiques de base comme cahier, crayon, règle, ardoise, chaussures de sport.

L'ecole de Yombeul Nord du Sénégal

AK: Comment les albertains perçoivent–ils votre projet quand vous en parlez?

Nina: Les gens me semblent extrêmement ouverts, mais il faut dire que je ne suis pas encore rendue à l'échelle provinciale. Je travaille jusque là à l'échelle de ma communauté. L'avantage dans mon milieu est que les gens me connaissent bien. Je suis très active dans le milieu francophone, c'est ainsi que les gens me font confiance et m'aident beaucoup dans mon projet en me fournissant du matériel pour que je puisse organiser par exemple des ventes de garage pendant les fins de semaine. J'ai beaucoup de soutien dans ma communauté, mais il est aussi temps que je m'associe à d'autres personnes et que j'agrandisse les possibilités d'augmenter les dons.

AK: Comment vous contacter si quelqu'un désire faire un don?

Nina: Actuellement, j'ai un blog qui s'appelle: ninaprojetsenegal.skyrock.com qui n'est pas encore très professionnel. J'aurai aussi mon site Internet bientôt. Sinon, les gens peuvent appeler directement à l'École Notre-Dame-Des-Monts de Canmore. Avec l'aide de la direction de l'école, je travaille actuellement sur le jumelage de l'école de Canmore avec celle du village de Yembeul Nord. On travaille beaucoup sur la philosophie que nous voulons de ce jumelage. Je ne veux rien anticiper pour l'instant mais nous pourrions par exemple nous organiser de telle manière tout parent qui a un enfant à l'École Notre-Dame-Des-Monts puissent aussi parrainer un élève dans l'école jumelle. Nous pourrions aussi organiser des voyages scolaires en Afrique avec certains élèves de Canmore, etc. Nous travaillons donc sur toutes les idées possibles tout en tenant compte des attentes des deux cotés. Nous cherchons aussi à aider les gens de ce village tout en étant sûr que nous les aidons de la bonne façon.

AK: Avez-vous un commentaire sur le concert que l'artiste sénégalais Youssou Seck a livré à cet effet?

Nina: Je n'avais jamais rencontré Youssou Seck avant le concert. C'était sa démarche personnelle de venir participer à mon projet. Il m'a proposé de venir jouer gratuitement afin de collecter des fonds pour aider les jeunes de son pays. Alors avant même de le connaître, je savais déjà qu'il était un homme au grand coeur. C'est ce qu'il m'a prouvé une fois de plus lors de ce magnifique concert qui a attiré plus d'une cinquantaine de personnes (Ndlr: Le public était estimé à 80 personnes dans cette petite salle de Whyte Horse Café de Canmore). Youssou Seck a fait preuve de grande générosité en venant accompagné de deux autres amis musiciens et en nous offrant un spectacle de qualité. De nos jours, les événements gratuits sont rares. Cette soirée n'affichait aucun prix d'entrée et malgré tous les dons ont été généreux. Ce genre d'événement me comble d'espoir et me permet de continuer à croire qu'en s'unissant TOUT est possible.

Les enfants de Yombeul Nord ont besoin de l'éducation

AK: Avez-vous un dernier mot pour clôturer cette entrevue?

Nina: Un énorme merci encore à Youssou Seck, à ses musiciens, à Afrikamerik et surtout toi Didier sans qui rien n'aurait été possible.

AK: Afrikamérik vous remercie aussi et vous souhaite bonne chance.

Ndlr: Pour nos lecteurs qui veulent participer à ce rêve, vous pouvez contacter Nina Lefebvre via son blogue: ninaprojetsenegal.skyrock.com ou par son courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .

Ndlr: Afrkamerik remercie vivement et une fois de plus Zinha M. pour la transcription de ce texte. Cet acte bénévole mérite un coup de chapeau de notre part.

Nous profitons de cette occasion pour lancer une fois plus un appel à toutes les personnes intéressées, de nous contacter le plus vite possible à travers notre courriel principal: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .

Article réalisé par Didier Gangoma
© Tous droits réservés, 2010

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