Jasmine Kabuya, une passionnée de l’horticulture communautaire

Durant la semaine de l'action bénévole, le gouvernement du Québec a organisé une cérémonie de remise des prix Hommage bénévolat-Québec 2016 durant laquelle tous les lauréats ont reçu une statuette Tara de même qu'un certificat d'honneur calligraphié, signé par le premier ministre et par le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale du Québec.

Passionnée de horticulture, du design de jardin, des plantes indigènes et potagères, Mme Jasmine Kabuya Racine est une lauréate parmi tous les récipiendaires de ces prix.

Joint par Afrikamerik depuis Salleberry-de-Vallefield au Québec, Mme Kabuya nous a accordé une entrevue dans laquelle elle explique sa vision sur le bénévolat, sa passion pour l'horticulture et son implication communautaire.

 

De gauche à droite: Messieurs Bruno et Philippe Masson, Mme Jasmine Kabuya et M. le ministre François Blais - Photo: Louise Leblanc

 

Le 12 avril 2016, vous avez été honorée par le gouvernement du Québec qui vous a décerné le prix Hommage bénévolat-Québec. Ces prix récompensent les efforts déployés par des citoyennes et des citoyens engagés dans leur communauté ainsi que l'action d'organismes en vue de promouvoir et de favoriser l'essor de l'engagement bénévole. Vous avez fait partie des quarante lauréats qui ont été récompensés ce jour-là. Que représentent ces prix pour vous et comment les avez-vous accueillis ?


 Jasmine KabuyaC'est d'abord et avant tout un grand honneur puisque oui nous étions quarante lauréats choisis parmi quelques centaines de candidatures ! Savoir que notre implication est exceptionnelle donne une grosse dose de reconnaissance. On ne donne pas du temps et de la passion dans une activité pour être récompensée de cette façon. On cherche surtout à s'accomplir et à voir son entourage apprécié nos gestes.

Avec l'aide d'Édith Gariépy, anciennement conseillère en développement jeunesse au Forum Jeunesse Vallée-du-Haut-St-Laurent (FJVHSL), nous avons monté ma candidature en décembre dernier. Il faut savoir que j'ai remporté le premier prix de Reconnaissance 2015 de la même organisation.

En remplissant le questionnaire pour le prix Hommage, j'ai pu constater à quel point j'ai offert à ma communauté depuis quelques années : administratrice pendant 4 ans au sein de l'Association des amis du Parc des îles, instigatrice des Incroyables comestibles et organisatrice depuis 2013, bloggeuse de ''Je suis au jardin'' depuis 8 ans, création d'une petite pépinière de chênes, etc... Je me suis « auto-stupéfaite » si on peut le dire !

Quelle valeur accordez-vous au bénévolat en général ?

J'y accorde une très grande valeur. Prenons un instant pour imaginer nos sociétés sans bénévole... Impossible ! Il y aurait plus de gens seuls, plus d'individualisme. Tant de gens donnent sans recevoir d'argent, ni de prix. Mais souvent, ils reçoivent en échange un remerciement profond, un sourire ; ils voient une personne ou des gens heureux grâce à leur implication dans leur vie ou dans leur communauté. De mon côté, c'est ce qui m'allume !

De plus, le bénévolat permet sans aucun doute de sortir de sa coquille. On rencontre des gens, on échange, on comprend mieux certaines réalités, on développe la gratitude. Il y a beaucoup de bénéfices à offrir de son temps et de nombreuses personnes bénévoles le confirment dans des témoignages. Donner, c'est recevoir !

Mais je me permets ici un avertissement, que je me sers à moi-même surtout. Il faut savoir donner, sans s'oublier... En avril dernier, j'ai beaucoup donné de ma personne et résultat ? J'ai été bien malade... Bref, la bénévole en moi s'est dit qu'elle fallait qu'elle s'accorde aussi du temps pour elle !

Au mois d'avril 2016, vous avez été l'une des instigatrices d'un projet communautaire qui a permis la plantation de 90 arbres et arbustes fruitiers le long d'un sentier qui traverse le parc Philipe-Julien à Valleyfield. Voulez-vous nous en dire plus ?

Il s'agit d'un grand projet citoyen avec plusieurs partenaires. Ce qui était à la base une demande à notre conseiller municipal pour avoir un sentier piétonnier traversant un espace gazonné anonyme s'est transformé en une plantation de 90 arbres et arbustes à fruits et à noix (NDLR : lire https://icsuroit.org/2016/06/17/un-sentier-comestible-ne-dardeur-citoyenne/) sous lesquels poussent des vivaces comestibles comme les rhubarbes, les ciboulettes, les menthes, etc...

Notre groupe ''Incroyables comestibles du Suroît'' (icsuroit.org) a soumis une demande de subvention à Arbres Canada et nous l'avons obtenu ! Nous sommes un des vingt projets au Canada à profiter de leur aide financière. De plus, la ville nous a énormément aidé en contribution matérielle (terre, paillis, etc.) et ressources humaines (employés municipaux, communications, etc.). Notre ville fait la promotion de l'implication citoyenne et ce n'est pas une façade ! C'est réel, elle a été très facilitatrice dès qu'elle a vu notre sérieux. Pour réussir un projet de cette envergure nous avons pu compter sur sa collaboration sans faille et surtout, sur des bénévoles. Lors de la plantation le 28 mai 2016, nous avons été épatés de constater que 56 adultes et enfants étaient venus planter !

L'entretien de ce lieu de cueillette libre-service est aussi bénévole. Les citoyens viennent arroser, désherber, cueillir... Le projet est donc participatif et éducatif. On veut donner des ateliers en entretien mais aussi culinaires.

Finalement, le sentier a été baptisé Gisèle-Guérin-Rémillard, en mémoire d'une femme et mère de famille du quartier St-Timothée qui a donné à sa communauté en bénévolat pendant plus de 50 ans. Les Incroyables comestibles du Suroît ont appuyé ce choix puisque cela faisait tellement de sens que le sentier porte le nom d'une femme bénévole qui avait à cœur sa communauté, comme nous l'avons également.

Depuis quand vous passionnez-vous pour ce domaine?

C'est depuis 1997. J'ai d'abord été intriguée par la flore sauvage autour de chez moi dans ma ville natale, la ville de Québec. Puis, en 1999 j'ai décidé d'aller étudier en horticulture. J'ai décroché mon diplôme de technicienne en horticulture en 2003. Depuis, j'ai toujours travaillé dans ce vaste domaine. Je suis une touche-à-tout. Je suis aussi intéressée par les plantes (je me souviens plus facilement des noms latins que des anniversaires de mon entourage!), le design, l'agriculture urbaine que par la flore.

Mais, donner des ateliers avec les jeunes et les adultes; jardiner concrètement avec eux, donner des conférences sur l'horticulture et écrire sur mon blogue ''Je suis au jardin.com'' qui célèbrera ses 8 ans cet automne sont mes principales passions!

Vous êtes une passionnée de l'horticulture communautaire, comment définissez-vous ce concept ?

Intéressant comme concept ! Je ne l'avais pas vu ainsi, mais oui c'est bien ce que je mets en pratique. On pourrait le décrire comme une façon de jardiner en groupe, dans un espace commun. On en retire plusieurs bénéfices : les échanges d'informations sont facilités, le partage de l'entretien allège la tâche, on y crée des liens entre citoyens, on partage les coûts, on embellit notre ville. Aussi quand il s'agit de culture de plantes comestibles, on améliore notre accès à des aliments frais, nouveaux parfois.

Le jardinage urbain est de plus en plus populaire au niveau mondial: comment expliquez-vous cette popularité?

Jardiner en ville vous permet de s'offrir un petit coin de paradis, une bulle de verdure, du temps pour soi. Les jardiniers urbains réalisent rapidement qu'ils sont accros à la pause qu'offre le jardinage, à l'énergie positive qui en découle. On s'attarde à la nature alors que la ville est bien souvent un une grande masse d'immeubles, de béton, d'asphalte... C'est évident, jardiner dans un environnement minéral permet la connexion avec une nature plus sereine.

L'agriculture urbaine est particulièrement populaire. Jardiner ses aliments, c'est la chose la plus in après la cuisine! En le faisant, on constate que cultiver des tomates en pot, du basilic ou des choux frisés peut être aussi ornemental. De surcroît, nos efforts sont doublement valorisés par la cueillette d'une nourriture savoureuse.

Si vous aviez plus de possibilités et tous les atouts pour réaliser un projet, quel serait votre projet de rêve ?

Ah ! Dans ma tête, il y a toujours un projet embryonnaire qui n'attend que la conjecture favorable pour naître. J'ai en tête de planter des arbres, quelques centaines dans mon quartier pour contrer les changements climatiques, mais également pour préserver et améliorer son cachet pittoresque (Saint-Timothée a été créé en 1835). Je crois que beaucoup d'éducation reste à faire concernant l'apport et l'entretien des arbres. Trop de gens les considèrent comme des meubles qu'on peut tailler ou abattre n'importe quand ou comment, malgré l'existence de règlements municipaux. À mon avis, il faut voir un arbre comme un patrimoine collectif à protéger.

Évidemment, créer d'autres espaces comestibles à travers la ville, des espaces pris en charge par la communauté est un de mes objectifs à court et moyen terme. Que chaque école ait son jardin potager libre-service et possiblement une serre pour jardiner à l'année longue et faire des sciences avec les élèves. Jardiner, c'est très englobant ! Biologique, entomologie, chimie, etc...On touche à tout dès qu'on est moindrement curieux.

Voilà, j'arrête ici, car ma liste est longue et vous m'avez demandé de nommer qu'un seul projet ! Interviewez-moi dans quelques années pour connaître la suite...

Nous espérons que vos vœux seront exhaussés bientôt et invitons par la même occasion nos lecteurs à aller visiter votre blog ( www.jesuisaujardin.ca ) et peut-être vous demander quelques conseilles sur l'horticulture. 


Propos recueillis par Didier Gangoma
© 2016, Afrikamerik

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