Chantal Londji Dang, retour au pays natal

Chantal Londji DangIl n’est pas toujours facile de reprendre la vie normale après avoir perdu un être cher. Aujourd’hui marque le deuxième mois du décès de ma mère et ramener sa dépouille en terre natale fut un long voyage mais gratifiant.
Ce que plusieurs considèrent comme un devoir familial normal provenant d’une enfant unique a suscité plutôt de nombreuses réactions de reconnaissance et la bénédiction de tout un clan familial.

Après avoir reçu tant de remerciements solennels des aînées du village de ma mère y compris mes oncles pendant ses funérailles, ce geste m’a démontré à quel point il était si important d’enterrer ma mère en terre natale.

Cependant, la décision de rapatrier sa dépouille n’a du moins pas été facile dû en partie aux coûts élevés et les exigences internationales de rapatriement. Hormis ces procédures administratives, j’ai été partagée entre la culture occidentale dont la tendance est à l’incinération et ma culture d’origine qui s’y oppose fortement.

Bien qu’un de mes oncles ait été en faveur de rapatrier les cendres de ma mère afin de minimiser les coûts liés aux funérailles, deux s’y sont fermement opposés. J'ai pu comprendre leur crainte qui était de ne plus jamais revoir leur sœur et que je ne bascule dans la vague culturelle de la société dans laquelle je vis depuis 30 ans.

Ces différends m’ont permis aussi de trancher en faveur du souhait de ma mère indépendamment de la question financière. Un ami proche de la famille m’a écrit la note suivante : « Merci pour tout ce que tu as fait pour ta mère et toute la famille, je dirai pour ton village. Dieu de le rendra »

Miss Exotica

Ma mère n’a jamais eu de testament et n’a jamais voulu en faire. La mort a toujours été un sujet tabou chez nous, de ce fait, il était hors de question d’en discuter. Ce qu’elle avait partagé avec moi pour sûr fut de la ramener au bercail en cas d’une maladie fatale ou de décès.

Il faut comprendre aussi que dans ma culture ce sont les hommes qui sont qui mènent les rênes quand il s’agit d’organiser les funérailles.
Le fait que ma mère soit décédée loin de ses frères et que je puisse assumer cette lourde responsabilité toute seule à l’étranger, sans assistance de la famille immédiate était inimaginable à leurs yeux. Encore moins, que je puisse passer au travers de cette épreuve émotionnellement et physiquement fut impensable.

Toute la joie tant exprimée ainsi ouvertement par ses proches pour mon geste est un exploit pour eux qui selon moi, reflète l’héritage de ma mère ancré en moi, ce dont elle aurait été sans doute fière.

© Par Chantal Londji Dang - Tous les droits réservés - 2013
www.afrikamerik.com

Note utilisateur:  / 2
MauvaisTrès bien