Entrevue avec madame Dulari Prithipaul

Madame Dulari PrithipaulL'Île Maurice est un petit pays de 65 km de longueur et 45 km de largeur. Elle est située dans l'océan indien et plus précisément au sud est du continent africain. Il n'est pas facile de repérer ce pays sur la carte mondiale, surtout quand on connaît mal la géographie de l'Afrique. Afrikamerik a rencontré pour vous madame DULARI PRITHIPAUL à Edmonton. Elle est mauricienne d'origine, une figure bien connue dans la famille francophone albertaine. Elle vivait déjà aux États Unis en 1969 quand elle et son mari décida d'immigrer au Canada. Ce dernier est venu enseigner les sciences religieuses et les religions comparées à l'université de l'Alberta. Depuis près de 42 ans maintenant, Madame Dulari est et reste un témoin vivant de l'évolution de la francophonie albertaine et des communautés francophones africaines en Alberta; un long chemin rempli de souvenirs. Elle se souvient encore de ses premiers jours à Edmonton et en parle comme si c'était hier...

Afrikamerik(AK): Bonjour madame Dulari, parlez nous brièvement de vous ?
DULARI PRITHIPAUL (D.P.): Je m'appelle Dulari Prithipaul. Je suis originaire de l'Île Maurice. Je vis à Edmonton depuis 1969. J'ai accompagné mon mari qui est venu enseigner les sciences religieuses et les religions comparées à l'Université de l'Alberta, ici même à Edmonton.
 
AK: De 1969 jusqu'à ce jour, n'est ce pas que c'est un long chemin plein de souvenirs?
D.P.: Oui, C'est un très long chemin parcouru, et notre vie ici a été très enrichissante. Mon mari et moi avons été très actifs dans la communauté francophone et aujourd'hui, notre fils continue sur la même lancée.
 
AK: Pourquoi avoir choisi la province de l'Alberta. A cette époque, cela ne devrait pas être facile pour une francophone africaine de vivre ici, de jouir pleinement de sa langue et de sa culture comme on le voit aujourd'hui?
D.P.: Nous vivions en ce moment à Harvard, aux États-Unis quand un professeur canadien a suggéré à mon mari de venir occuper un poste d'enseignant à l'Université de l'Alberta. Quand nous sommes arrivés en Alberta, nous croyions au bilinguisme car à l'époque Monsieur Trudeau l'avait bien fait connaître dans le monde entier. Il faut rappeler que pendant nos conversations, j'ai posé la question à ce professeur canadien de savoir si en Alberta je pouvais parler le français, si je pouvais avoir accès à la littérature française et aux auteurs français comme Corneille, Molière, etc.. Ces auteurs étaient très populaires à l'Île Maurice. Étant lui-même anglophone,il m'a répondu qu'il n'en savait pas du tout et qu'il fallait venir découvrir par nous-même. Cela nous a pris environs trois ans pour découvrir une première école francophone; l'école Grondin. Heureusement pour nous que la population à l'université était cosmopolite. Nous avions des amis français, suisses, cambodgiens etc... avec qui on pouvait parler français. Personnellement, j'étais déjà formée en tant qu'enseignante en Angleterre, mais arrivée ici et voyant qu'il n'y avait pas le français autour de nous, j'ai préféré rester à la maison pour m'occuper de l'éducation de mon fils. Je tenais à ce qu'il grandisse avec cette langue française. Nous n'avons découvert l'Alliance Française que plusieurs années plus tard. Ce n'est que vers 1975 et par le truchement d'un enseignant sénégalais que j'ai découvert la Faculté St-Jean. Cet enseignant m'a alors invité à venir y donner cours. C'est depuis ce moment là que je me suis personnellement engagée dans la francophonie.
 
AK: Qu'avez vous fait à l'époque pour vous retrouver ensemble et partager vos valeurs?
D.P.: Avec l'aide de quelques amis ,nous avons fondé l'Association Multiculturelle Francophone de l'Alberta (AMFA) en 1989. C'est fut le premier organisme francophone immigrant dans l'ouest canadien. L'association était composée des haïtiens, des français, des belges, des cambodgiens, des vietnamiens, des mauriciens, des libanais, des égyptiens, bref c'était un groupe très cosmopolite. Notre but était de préserver la francophonie à tout prix, car cela nous manquait beaucoup. L'association organisait des activités diverses où l'on pouvait parler de nos cultures et de nos pays respectifs. De temps en temps , on se retrouvait aussi pour des causeries. ‘‘L'AMFA'' existe encore, mais je ne crois pas qu'elle est encore très active comme dans le passé.
 
AK: Vous avez donc vu grandir la francophonie en Alberta depuis tout ce temps. Avez- vous remarquer une évolution? Madame Dulari Prithipaul
D.P.: Il y a effectivement une grande évolution. La nouvelle vision de la francophonie en l'Alberta est un grand pas en avant! Tout ce que nous avions fait dans le temps avait pour but de maintenir la survie de la francophonie mais aujourd'hui je sens que les francophones de tous les horizons ont quelque chose à offrir dans cette communauté. C'est vrai que l'AMFA avait le soutient de Patrimoine Canada et d'autres personnes qui sentaient que nous avions quelque chose à offrir mais la francophonie en ce moment là était l'affaire d'une très petite minorité. La configuration de la société francophone en Alberta a fortement changer aujourd'hui et cela a amené aussi des ajustements de la politique de l'ACFA. Quand j' écoute les discussions sur les thèmes développés pendant ‘‘le Rond Point'' par exemple , je me dis que nous avons réellement fait un grand pas (Ndrl= Le Rond Point est un rassemblement des francophones de l'Alberta ,organisé chaque année par l'ACFA pour discuter des enjeux de la francophonie en Alberta) . Il faut reconnaître qu'il y a aujourd'hui une preuve d'ouverture et une volonté de soutien de la part de l'ACFA. je pense que nous les immigrants francophones, devrons aussi de notre coté faire preuve d'une certaine ouverture , de pouvoir nous rapprocher, de collaborer et de travailler en partenariat, parce qu'il est difficile aujourd'hui de faire cavalier seul. Nous devons apprendre à travailler ensemble.
 
AK: Afrikamérik sert à promouvoir les arts et les cultures des communautés africaines en Amérique. Avez-vous un message pour tout ce monde du domaine artistique et culturel?
D.P.: Je leur souhaite beaucoup de chance et vous souhaite à vous aussi beaucoup de succès pour découvrir de nouveaux talents car ils sont nombreux et le grand public ne le connaît pas forcement.
Madame Dulari Prithipaul lors du Rond Point 2010
AK: Avez vous un message pour la communauté mauricienne en Alberta?
D.P.: Depuis quelques temps, j' encourage les amis mauriciens de Calgary et d'Edmonton de former une organisation mauricienne. Ces nouveaux venus sont dans la plupart des cas nés après l'indépendance de l'Île Maurice. Ils ont encore cette conscience de leur art et de leur culture qu'ils doivent valoriser comparativement à nous qui avons quitter le pays il y a plusieurs années. J'avais organisé dans le passé une soirée de la francophonie internationale où étaient réunis les ressortissants du Sénégal, du Maroc, de Madagascar etc.. Il est toujours préférable que les communautés se retrouvent ensemble pour montrer la diversité que nous avons dans la communauté francophone.
 
AK: Avez vous un mot de la fin avant de clôturer cette entrevue?
D.P.: Je souhaite bonne chance à Afrikamerik et j'aimerais aussi vous encourager à continuer d' œuvrer pour le maintien de la francophonie, à faire connaître les cultures que nous apportons dans ce pays et surtout partager ces valeurs avec les autres.
 
Entrevue réalisée par Didier Gangoma
©Tous droits réservés 2010
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